Il y a des jours qui basculent sans prévenir.
Pas dans le bruit, pas dans la colère, mais dans ce silence étrange où quelque chose glisse, se déplace, se défait.
Aujourd’hui, ce n’est pas seulement lui qui est parti.
C’est la maison qui a changé de forme,
et moi avec.

Aujourd’hui, la maison a changé de forme.
Pas parce qu’on a déplacé des meubles,
pas parce qu’on a vidé une chambre,
pas parce qu’un camion est venu prendre ce qui était à lui…
Non.
La maison a changé de forme
parce que lui n’y vit plus.
Ce matin, pendant qu’il chargeait sa voiture pour aller vers cette nouvelle vie qui n’est plus la nôtre,
j’ai senti quelque chose se décaler en moi.
Comme si les murs s’élargissaient,
comme si l’air devenait plus lourd,
comme si l’espace qu’il laisse derrière lui était… palpable.
Je savais que ce jour arriverait.
Je savais que c’était inévitable.
Mais on n’est jamais vraiment prête à regarder quelqu’un fermer la porte
alors que son parfum traîne encore dans le couloir.
—
Quand je suis partie travailler,
il était au téléphone avec l’autre.
Il habillait notre fille,
préparait sa journée de déménagement,
organisait cette vie où je ne suis plus la personne qu’il appelle,
plus la personne avec qui il partage la fin de la journée,
plus la personne qui compte.
Et pourtant, quelques minutes plus tôt,
il me tenait dans ses bras.
Quelques minutes plus tôt,
il murmurait ce surnom que je suis la seule à porter.
Quelques minutes plus tôt,
il me disait qu’on continuerait à passer des moments à deux,
des moments à quatre,
comme si rien n’avait vraiment été brisé.
Cette incohérence m’a fissuré quelque chose à l’intérieur.
Parce qu’elle me donne l’illusion que tout pourrait encore être pareil…
alors que tout change sans mon consentement.
—
Quand je suis revenue dans la maison après son départ,
il n’y avait pas de bruit, pas de voix, pas de mouvement.
Juste un silence étrange,
un silence qui grince.
C’est fou comme une maison peut devenir étrangère
quand la personne qu’on aime n’y habite plus.
Ce n’est pas la souffrance que je regarde aujourd’hui.
C’est l’espace qu’elle ouvre.
Cet espace où je me surprends à me dire que peut-être
je ne suis pas folle,
peut-être que ce que je ressens a vraiment un poids,
peut-être que la vie, parfois,
met brutalement en lumière ce qu’on refusait de voir.
—
Aujourd’hui, la maison a changé de forme.
Et moi aussi, un peu.
Je ne sais pas encore comment tenir debout dans ce nouvel espace,
mais j’avance.
Pas parce que c’est simple,
pas parce que ça va,
pas parce que je suis forte…
J’avance parce que je n’ai pas le choix.
Parce que ma vie continue,
même quand tout ressemble à une déchirure.
Peut-être qu’un jour,
ce silence-là deviendra une paix.
Peut-être qu’un jour,
je sentirai que cette porte qui s’est fermée
en ouvrait une autre que je n’avais pas encore regardée.
Pour l’instant…
je respire.
Une inspiration après l’autre.
Un pas après l’autre.
Dans cette maison qui n’est plus vraiment la même,
et dans cette vie qui commence, malgré moi.
Ce jour-là, rien n’a explosé,
rien n’a hurlé,
mais tout s’est déplacé d’un millimètre qui a fait trembler tout le reste.
Je marche maintenant dans un espace qui sonne creux,
un espace trop large, trop vide, trop silencieux.
Je n’ai pas trouvé comment m’y tenir,
ni comment respirer dedans.
Et le plus étrange,
le plus violent peut-être,
c’est que cette maison qui était chez moi tant qu’il y vivait
est devenue, en quelques heures,
un lieu inconnu.
Un endroit familier dans lequel je me sens étrangère,
comme si sa présence en faisait une maison
et que son absence n’en laisse qu’un décor.
Je sais juste que quelque chose s’est arrêté,
et que rien d’autre n’a commencé.
Je suis là, au milieu,
dans ce moment suspendu où l’on avance parce qu’on ne peut pas faire autrement,
et où chaque pas ressemble à une absence qui continue de marcher.
Pour l’instant, je ne fais que ça :
j’avance dans cette maison qui n’a plus la même forme,
dans cette vie qui ne ressemble plus à la mienne,
avec ce cœur qui tente de suivre,
sans y croire tout à fait.
Ni plus, ni moins.
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