Journal Intime d'une Dépressive qui se Soigne

Je m’appelle Élyra Solän. Jeune femme d’une trentaine d’années, maman de deux enfants, j’apprends à affronter mes peurs, mes blessures et mes silences. J’écris ici pour me soigner, pour me retrouver, et pour ne plus transmettre ce qui m’a fait mal. J’ai compris que demander de l’aide, c’est une immense force.

  • J’ai attendu trop longtemps. Mais j’ai fini par pousser la bonne porte.

    Il y a des rendez-vous que l’on redoute autant qu’on les attend.


    Mon premier rendez-vous chez la psychologue faisait partie de ceux-là.
    Avant d’y aller, j’étais bouleversée.
    Très stressée.
    Le ventre noué.
    Les mains tremblantes.
    Les jambes aussi.


    Et pourtant, au milieu de tout ça, il y avait aussi autre chose : de l’impatience.
    Une forme de hâte.
    Presque de l’excitation.


    Parce que je savais qu’en y allant, je mettais le pied dans l’engrenage.
    Et qu’une fois le pied dedans, une fois la machine lancée, cela ne pouvait aller que dans un sens : celui d’un mieux possible.

    C’était une sensation étrange.
    Un mélange de peur, de stress, d’appréhension, de sérénité aussi, et malgré tout, d’espoir.


    Comme si une partie de moi savait que j’allais vers quelque chose d’important.


    Je n’y suis pas allée seule.
    Ma maman m’a accompagnée.
    Elle m’a attendue dans la salle d’attente.


    Et rien que ça, ça m’a fait du bien.


    Sa présence m’a apporté du réconfort, du courage, de la sécurité.
    Je me suis dit que si je ressortais complètement en vrac, elle serait là.
    Pas pour faire à ma place.
    Pas pour parler à ma place.
    Mais pour m’épauler un peu.


    Et dans certains moments, c’est déjà immense.

    Dans la salle d’attente, j’appréhendais énormément.
    Je regardais les murs.
    J’essayais de me contenir alors que mon corps, lui, disait déjà tout : les mains qui tremblent, les jambes aussi, cette tension intérieure qui rappelle qu’on ne va pas vers un rendez-vous banal.


    Puis je l’ai vue.


    Ma première impression a été presque inattendue :
    elle est rigolote.
    Un peu décalée.
    Avec une voix très douce, un regard très doux.
    Pas quelqu’un d’extravagant, pas quelqu’un d’effacé non plus.
    Quelqu’un qui a conscience d’elle-même et de la place qu’elle occupe.


    J’ai tout de suite aimé son énergie.
    Sa manière de me recevoir a été très douce.
    Elle m’a mise en confiance presque immédiatement.


    Je lui ai donné ce que j’avais écrit.
    Je lui ai dit que c’était plus facile pour moi à l’écrit qu’à l’oral.
    Que j’avais déjà posé les choses sur le papier, parce que parfois écrire permet de dire ce que la voix n’arrive pas encore à porter.

    Alors elle a lu.


    Et pendant qu’elle lisait, je la regardais.
    Je voyais ses sourcils se hausser, ses yeux s’écarquiller parfois, sa tête bouger doucement.


    Et quand elle a terminé, elle a eu besoin de souffler.


    Puis elle m’a regardée et elle m’a dit, en substance, que oui, effectivement, j’avais trop longtemps porté seule tout ce que j’avais porté.
    Qu’il était temps.
    Qu’il était bien que j’aie pris la décision de prendre ma vie en main et de demander de l’aide, au lieu de continuer à porter tout cela seule.


    Et je crois que ce moment m’a profondément marquée.


    Parce que j’ai eu la sensation qu’elle n’avait pas lu mes mots de manière distante.
    J’ai senti qu’elle avait reçu ce que j’avais écrit pour ce que c’était vraiment : le poids d’une vie portée seule pendant trop longtemps.

    Parler n’est pas venu tout de suite.
    Il a fallu qu’elle lise d’abord.
    Comme si mes mots écrits devaient ouvrir le chemin avant que ma voix puisse suivre.


    On a parlé de beaucoup de choses.
    De ce que j’ai vécu adolescente.
    De mon rapport à mon père.
    Un peu de mon rapport à ma mère.
    De mes enfants.
    De la relation avec le père de mes enfants.
    De l’état actuel de la relation avec ma sœur et mon beau-frère.


    Je lui ai expliqué qu’aujourd’hui, avec eux, je ne gardais plus que des liens contractuels liés au logement, puisqu’ils sont mes propriétaires.
    En dehors de cela, je ne veux plus les voir, ni en entendre parler.
    Je n’empêcherai jamais mes enfants de voir leur oncle et leur tante, parce que cela reste leur oncle et leur tante.
    Mais moi, j’ai atteint une limite.


    Quand je lui ai expliqué ce qui m’avait été dit, à quel point ma santé avait été balayée d’un revers de main, elle m’a redit qu’il était essentiel que je vienne rapidement.


    Elle aurait aimé me revoir avant, le prochain rendez-vous, fixé au 4 mai, trouvant qu’il était loin.
    La psychologue elle-même aurait voulu me revoir plus tôt.
    Mais le cadre est ce qu’il est, et moi je ne peux venir que le lundi matin.
    Alors elle m’a dit que si un créneau se libérait, elle me prioriserait.

    Et là encore, ça a compté.


    Parce que cela voulait dire qu’elle avait entendu l’urgence, même à l’intérieur des contraintes.


    On a aussi parlé de mon écriture.
    Je lui ai dit que j’écrivais beaucoup.
    Elle m’a répondu que c’était très sain, qu’il fallait surtout que je continue et que je garde tous mes écrits.


    J’ai senti qu’elle était en phase.
    Très empathique.
    Très douce.
    Ma mère l’a d’ailleurs ressentie comme moi : très gentille, très douce.


    Mais surtout, j’ai senti qu’elle me voyait, moi.
    Pas seulement ce que j’ai vécu.
    Pas seulement ma douleur.
    Pas seulement mes traumatismes.


    Moi.


    Et ça, c’est rare.

    On a aussi parlé de mon viol.


    Elle a posé des mots très clairs.
    Elle m’a dit que ce n’était pas “juste” une agression sexuelle, mais un viol.
    Un viol manifeste.


    Et cela aussi, ça a compté.


    Parce qu’il y a des réalités que l’on porte pendant des années avec des mots flous, atténués, presque supportables parce qu’ils disent moins fort la violence réelle de ce qui s’est passé.


    On a parlé du fait que je me sois dissociée de mon corps.
    Du fait que j’ai découvert très tard le consentement et le plaisir.
    Du fait qu’aujourd’hui encore, je ne me supporte pas, que je ne supporte pas mon reflet, que je n’ai ni estime de moi ni confiance en moi.


    Elle a bien vu à quel point tout cela me pesait.

    Quand je suis sortie du rendez-vous, je ne me suis pas sentie plus légère.


    Mais je me suis sentie un peu apaisée.
    Secouée, oui.
    Un peu calme aussi.


    Comme si quelque chose avait enfin commencé à bouger.
    Et en rentrant, j’ai senti que j’avais besoin d’extérioriser.
    J’ai pleuré.
    Pas forcément parce que tout s’effondrait, mais parce qu’il fallait que ça sorte.


    Je crois que parfois, pleurer après avoir enfin poussé la bonne porte, ce n’est pas reculer.
    C’est commencer à desserrer ce qui était resté trop longtemps comprimé.

    Si j’écris cet article aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour raconter mon premier rendez-vous.
    C’est aussi pour dire quelque chose d’important à celles et ceux qui lisent ces lignes.


    Quand on sent qu’on n’arrive plus à porter seul ce qu’on vit, il ne faut pas attendre davantage.
    Quand on sent que l’on est submergé.
    Quand on sent que l’on sature.
    Quand on sent que quelque chose en nous est en train de vaciller.


    Il faut pousser la bonne porte.


    Et il faut le faire au moment où le déclic arrive.
    Au moment où le courage est là.
    Au moment où l’envie de s’en sortir prend, même timidement, le dessus sur le reste.


    Parce que ce courage-là est précieux.
    Et parce qu’il peut sauver bien plus que l’on imagine.

    Moi, si j’ai franchi ce cap, c’est aussi parce que dernièrement, j’ai eu des pensées noires qui m’ont fait peur.
    Des pensées qui m’ont alertée.
    Qui m’ont fait comprendre qu’il fallait agir maintenant.
    Pas demain.
    Pas “quand ça ira un peu moins mal”.
    Maintenant.


    Et je crois qu’il faut le dire clairement :
    attendre n’aide pas toujours.
    Parfois, attendre aggrave.
    Parfois, attendre use les dernières forces qu’il nous reste.


    Demander de l’aide n’est pas une faiblesse.
    C’est parfois l’acte le plus courageux que l’on puisse poser.


    Je ne sais pas encore tout ce que ce suivi viendra remuer, révéler ou transformer.
    Mais je sais une chose :


    J’ai poussé la bonne porte.
    Et même si cela remue, même si cela secoue, je sais aujourd’hui que je n’ai plus à porter seule ce qui m’écrase.


    Et parfois, c’est déjà le début de quelque chose de plus grand que soi :
    le début d’une sortie possible.

    Élyra Solän

  • Je ne veux plus survivre. Je choisis de me sauver.

    Il y a des décisions qui ne font pas de bruit.
    Pas de grand discours.
    Pas de moment spectaculaire.


    Juste un instant.


    Un moment où l’on comprend que continuer comme avant n’est plus possible.


    Ce jour-là, je n’ai rien révolutionné.
    J’ai simplement pris mon téléphone.


    Et pourtant…
    c’est peut-être l’un des gestes les plus importants que j’ai faits pour moi.

    Mon premier rendez-vous chez le psychiatre approche.


    Et je ressens tout à la fois.


    De l’anxiété.
    Du soulagement.
    De la fierté.
    De la peur.
    Du doute.


    Comme si toutes les émotions s’étaient donné rendez-vous au même endroit.


    Parce que prendre ce rendez-vous, ce n’est pas anodin.
    Ce n’est pas “juste consulter”.


    C’est reconnaître que quelque chose ne va plus.

    Pendant longtemps, j’ai tenu.


    J’ai avancé avec ce que j’avais.
    Avec mon traitement.
    Avec mes mécanismes.
    Avec ma capacité à encaisser.


    Et ça fonctionnait.


    Du moins… en apparence.


    Mais ces derniers temps, quelque chose a changé.


    Le sommeil est devenu fragile.
    Les nuits ne sont plus reposantes.
    Même sous anxiolytiques, mon mental continue de tourner, encore et encore, sans pause.


    Et puis il y a eu autre chose.


    Des pensées.


    Des pensées intrusives.
    Des idées noires.


    Elles ne se concrétisent pas.
    Elles restent à l’état d’impulsion, de passage.


    Mais elles sont là.

    De plus en plus présentes.
    De plus en plus fréquentes.


    Et ça… ça m’a fait peur.


    Pas une peur vague.
    Une vraie peur.


    La peur de perdre ma lucidité.
    La peur de ne plus maîtriser.
    La peur de basculer.

    Alors j’ai appelé.


    Pas parce que j’étais prête.
    Mais parce que je ne pouvais plus faire semblant d’aller bien.


    C’était un ras-le-bol.
    Une saturation.


    Le moment où le corps et l’esprit disent ensemble :
    “Stop.”

    Je ne sais pas ce que je vais entendre.


    Et ça m’angoisse.


    J’ai peur de découvrir quelque chose.
    J’ai peur de ne pas être comprise.
    J’ai peur de mettre des mots sur ce que j’ai longtemps laissé sans nom.


    Mais malgré ça… j’y vais.

    Parce que je ne veux plus subir.


    Je ne veux plus vivre comme ces dernières années.
    Je ne veux plus survivre en silence.
    Je ne veux plus attendre que ça passe.


    Je veux comprendre.
    Je veux aller mieux.
    Je veux me reconstruire autrement.


    Pour moi.


    Pour mes enfants.


    Mais surtout pour moi.

    Ce rendez-vous, ce n’est pas une faiblesse.


    C’est un déplacement.


    Je ne fuis plus la douleur.
    Je décide de la regarder.
    De la comprendre.
    De la transformer.


    Je refuse qu’elle continue de me définir.


    Je veux en faire une force.
    Un point d’appui.
    Un passage.

    Je ne sais pas où ce chemin va me mener.


    Mais je sais une chose :


    Je refuse de continuer à vivre comme avant.


    Et parfois,
    se sauver,
    ça commence simplement par un appel.

    Élyra Solän

  • Le 8 mars ne célèbre pas les femmes. Il défend leurs droits!

    Le 8 mars, ce n’est pas la “journée de la femme”.


    Ce n’est pas une version printanière de la Saint-Valentin.
    Ce n’est pas une opération marketing en vitrine.
    Ce n’est pas un bouquet emballé dans du papier rose pour se donner bonne conscience.


    Le 8 mars, c’est la Journée internationale des droits des femmes.


    Le mot important, c’est droits.


    Des droits qui n’ont jamais été offerts avec le sourire.
    Des droits arrachés.
    Obtenus par des luttes.
    Par des grèves.
    Par des femmes méprisées, moquées, emprisonnées, battues parfois.
    Par des femmes qui ont osé dire non quand on leur disait de se taire.


    Réduire cette journée à une “fête”, c’est effacer ce combat.
    C’est transformer une revendication en décoration.


    Le 8 mars ne célèbre pas la féminité.
    Il rappelle les inégalités.


    Il rappelle que l’égalité salariale n’est toujours pas une réalité.
    Que les postes de pouvoir restent majoritairement masculins.
    Que les violences sexuelles existent, partout, tous les jours.
    Que l’on questionne encore la victime avant de questionner l’agresseur.
    Que le consentement est encore mal compris, minimisé, détourné.


    Ce n’est pas une opinion radicale.
    C’est un constat.


    Dire cela ne fait pas de moi une “féministe extrême”.
    Ça fait de moi quelqu’un qui refuse qu’on vide une lutte de son sens.


    On peut offrir des fleurs si on veut.
    Mais les fleurs ne remplacent pas le respect.
    Elles ne remplacent pas la justice.
    Elles ne remplacent pas l’égalité.
    Elles ne remplacent pas la sécurité.
    Elles ne remplacent pas la reconnaissance.


    Ce que le 8 mars exige, ce n’est pas un geste symbolique.
    C’est une prise de conscience.


    C’est regarder en face ce qui a été gagné, et ce qui reste à conquérir.


    Parce que oui, des combats ont été menés.
    Oui, des victoires ont été obtenues.
    Oui, des avancées ont changé nos vies.


    Mais tout n’est pas réglé.
    Tout n’est pas équilibré.
    Tout n’est pas sécurisé.


    Le 8 mars n’est pas une journée pour flatter.
    C’est une journée pour rappeler.


    Rappeler que l’égalité n’est pas un acquis universel.
    Rappeler que les droits peuvent reculer.
    Rappeler que le confort de certain·es repose encore sur les concessions des autres.


    Remettre les mots à leur place,
    c’est déjà refuser l’effacement.


    Et si cette journée dérange,
    si elle met mal à l’aise,
    si elle bouscule…


    Alors peut-être qu’elle joue exactement son rôle.


    Le 8 mars n’est pas une fête.


    C’est une mémoire.
    Une revendication.
    Et un rappel que l’égalité n’est pas une option.

    Élyra Solän.

  • Je reprend ma vie et ma place, et c’est non négociables.

    Il y a des moments où l’on croit avoir enfin été entendue.
    Des instants où l’on pense que nos mots ont traversé le mur, qu’ils ont touché quelque chose chez l’autre.


    On se dit que cette fois, c’est différent.
    Que la conversation a porté.
    Que la considération est réelle.


    Et puis un détail.
    Une phrase.
    Un “oui, mais”.


    Et le miroir sans tain se brise.


    Il y a des prises de conscience qui ne font pas de bruit.
    Et puis il y a celles qui claquent.


    Celles qui ne crient pas, mais qui fissurent tout à l’intérieur.


    Je pensais avoir été entendue.
    Je pensais avoir été écoutée.
    Je pensais, enfin, avoir été considérée.


    Après plusieurs conversations profondes, sincères, parfois douloureuses, j’ai cru que quelque chose avait bougé.
    Que mes mots avaient traversé.
    Qu’ils avaient été reçus.


    Je me suis dit :
    Ça y est. Cette fois, on m’a comprise.


    Et puis, presque sans prévenir, le miroir sans tain s’est effondré.

    Encore ce matin.


    Je dis :
    « J’ai besoin de ça. »
    « Je veux ça. »


    Des phrases simples.
    Claires.
    Posées.


    Et en face, la réponse :
    « Oui mais en même temps… »
    « Ce serait bien que… »
    « Il faudrait que… »


    Encore.


    Toujours ce “mais” qui invalide.
    Toujours cette manière de reformuler ma vie à ma place.
    Toujours cette sensation que ce que je dis est entendu… mais pas accepté.


    On me répond.
    Mais on ne m’écoute pas.


    On me parle.
    Mais on ne me considère pas.


    Et ce n’est pas nouveau.
    La différence, c’est que maintenant, je le vois.

    Je me suis rendu compte récemment de la façon dont j’étais traitée avant.
    De la manière dont, pendant longtemps, je me suis adaptée.
    Je me suis tue.
    Je me suis ajustée.


    Et lorsque j’ai enfin osé dire ce que je voulais, ce dont j’avais besoin, j’ai cru que les choses avaient changé.


    Mais non.


    On m’a donné l’illusion d’être entendue.
    On m’a donné l’illusion d’être reconnue.


    Et lorsque j’ai réaffirmé mes besoins, le mécanisme est revenu.
    Automatique.
    Presque réflexe.


    Comme si ma parole devait toujours passer par un filtre.
    Comme si mes choix avaient besoin d’être validés.
    Corrigés.
    Orientés.


    Et sur le coup, quand on est en reconstruction, ça fait mal.


    Ça donne l’impression de revenir en arrière.
    De retomber au point de départ.
    De se dire :
    Encore une fois, je ne suis pas suffisante.
    Encore une fois, je dois me justifier.


    Mais en réalité, ce n’est pas un retour en arrière.


    C’est une marche descendue pour mieux comprendre comment gravir les suivantes.

    Parfois, j’ai l’impression d’être un miroir sans tain.


    On me regarde.
    On me parle.
    Mais on ne me voit pas vraiment.


    Parce que me voir, ce serait se voir soi-même.
    Et ça, c’est inconfortable.


    Peut-être que certains préfèrent l’illusion.
    L’illusion d’avoir raison.
    L’illusion d’être justes.
    L’illusion de savoir ce qui est bon pour moi.


    Peut-être que me laisser décider, c’est accepter qu’ils n’ont pas le contrôle.
    Et ça dérange.


    Mais ma vie ne leur appartient pas.
    Elle ne leur a jamais appartenu.


    Je ne suis pas une poupée Barbie qu’on place dans une maison de poupée.
    Qu’on habille selon ses envies.
    À qui l’on fait dire ce que l’on veut entendre.
    À qui l’on impose un rôle.


    Je ne suis pas un personnage secondaire dans le scénario des autres.

    Aujourd’hui, je récupère ma place.


    Celle que j’aurais toujours dû occuper.
    Pas celle qu’on a voulu me faire occuper.
    Pas celle que j’ai accepté d’habiter par peur, par amour, par besoin d’être aimée.


    Je ne suis plus cette version de moi qui s’adapte pour survivre.
    Je ne suis plus celle qui se plie pour éviter le conflit.
    Je ne suis plus celle qui laisse les autres définir l’espace qu’elle a le droit de prendre.


    Oui, on a parfois voulu décider pour moi.
    Oui, on a projeté sur moi des attentes qui n’étaient pas les miennes.
    Mais j’ai aussi, à un moment donné, laissé faire.


    Par peur d’être rejetée.
    Par peur de déplaire.
    Par peur d’être seule.


    Aujourd’hui, je ne me condamne pas pour ça.
    Je me comprends.


    Et surtout, je choisis autrement.


    Je récupère ma souveraineté.
    Je reprends la place que j’aurais toujours dû occuper :
    la mienne.
    Entière.
    Non négociable.
    Non modelable.
    Non ajustable au confort des autres.


    Je ne suis plus le miroir qu’on regarde sans jamais oser se voir dedans.


    Je suis un être vivant, pensant, ressentant.
    Et ma vie m’appartient.


    Je ne la confierai plus aux mains de ceux qui veulent la diriger.

    Ce n’est pas une rébellion.
    Ce n’est pas une guerre.


    C’est une reconquête.


    Calme.
    Lucide.
    Irréversible.


    On peut ne pas être d’accord avec mes choix.
    On peut être dérangé par mes limites.
    On peut être bousculé par ma fermeté.


    Mais ma vie m’appartient.
    Et c’est non négociable.


    Je ne suis plus la poupée de personne.
    Je ne me laisse plus manipuler ni influencer par la peur de déplaire.


    Je vis ma vie selon mes propres envies.
    Selon mes propres besoins.
    Selon mes propres décisions.


    Et si cela déplaît,
    ce n’est plus mon problème.

    Élyra Solän.

  • Survivre ne fait pas de nous des personnes brisées.
    Cela fait de nous des êtres vivants qui continuent d’exister.

    Ce texte aborde des violences sexuelles, le viol, le non-consentement, la dissociation corporelle et le traumatisme.


    Il est recommandé de le lire avec douceur.


    Si certains passages résonnent trop fort, il est légitime de faire une pause.

    Il y a des mots que l’on met des années à apprivoiser.
    Des mots qui brûlent la langue avant même d’être prononcés.
    “Viol”.
    “Non-consentement”.
    “Survivant·e”.


    Pendant longtemps, je n’ai pas su que j’en faisais partie.


    Je croyais que survivre, c’était réservé à celles et ceux qui avaient vécu “le pire”.
    Je croyais qu’il fallait des cris, des coups, du sang, une violence évidente pour que ce soit légitime.
    Je croyais que ce que j’avais vécu n’était “pas si grave”.
    Alors je me suis tue.


    J’ai grandi dans un environnement où le corps n’était pas un espace sacré.
    Où l’on ne parlait ni de désir, ni de consentement.
    Où l’on apprenait surtout à faire taire ses besoins pour avoir la paix.


    Pendant longtemps, j’ai cru que céder était normal.
    Que dire oui pour éviter un conflit faisait partie du rôle.
    Que le corps d’une femme en couple n’était plus vraiment le sien.


    Je n’avais pas les mots.
    Je n’avais pas les repères.
    Je n’avais pas la possibilité de dire non sans culpabilité.


    Alors j’ai subi.


    Certains rapports n’étaient pas désirés.
    Ils étaient tolérés.
    Acceptés pour éviter la tension.
    Pour éviter la colère.
    Pour éviter le rejet.


    Je ne savais pas encore que ce “oui” sans envie, ce “oui” pour avoir la paix, n’était pas un consentement.
    Je ne savais pas que le consentement pouvait être retiré.
    Je ne savais pas que ne pas savoir était déjà une réponse valable.


    Puis il y a eu le viol.
    Un viol violent.
    Une agression brutale par une personne inconnue.
    La peur.
    La sidération.
    La sensation que le temps se suspend.


    Ce jour-là, quelque chose est mort en moi.
    Le viol, c’est un meurtre sans cadavre.
    On survit, mais on n’est plus tout à fait la même personne.


    Je n’en ai parlé à personne.
    Parce que je savais.
    Je savais que l’on douterait.
    Que l’on minimiserait.
    Que l’on poserait les mauvaises questions.


    Alors j’ai rangé ça dans une vitrine intérieure.
    Et j’ai continué à vivre comme si de rien n’était.


    Plus tard, quelqu’un est entré dans ma vie.
    Quelqu’un qui, pour la première fois, a respecté chaque non.
    Chaque silence.
    Chaque hésitation.


    Avec cette personne, j’ai appris ce qu’était réellement le consentement.
    J’ai appris qu’un non est valable à tout moment.
    Qu’un “je ne sais pas” est une réponse.
    Que l’amour n’exige rien.


    Et cette découverte a été aussi salvatrice que dévastatrice.
    Parce qu’elle m’a obligée à regarder en face tout ce que j’avais subi avant.


    Quand cette relation s’est terminée, tout est remonté.
    La rupture n’a rien créé.
    Elle a brisé les vitrines derrière lesquelles j’avais enfermé mes traumas.


    Et avec eux, mon rapport au corps.


    Pendant longtemps, mon corps n’a été qu’une enveloppe fonctionnelle.
    Un outil.
    Un moyen d’exister physiquement, sans vraiment habiter dedans.


    Je me suis dissociée.
    J’ai cessé de ressentir.


    Mon corps a changé.
    Beaucoup.
    J’ai été très mince.
    Puis beaucoup plus grosse.
    Aujourd’hui encore, je peine à m’y retrouver.


    Grossesses, variations de poids, transformations irréversibles.
    Rien n’a arrangé ce lien déjà abîmé.


    Je n’aime pas mon corps.
    Je ne me supporte pas.
    Quel que soit le chiffre sur la balance.


    Je travaille à le réapprendre.
    À le regarder autrement.
    À envisager, peut-être, une chirurgie réparatrice.
    Non pas pour plaire.
    Mais pour me réconcilier avec ce qui a été déformé, abîmé, nié.


    Tout cela, je ne l’ai pas vécu dans un cadre familial suffisamment sécurisant pour être verbalisé.
    Parler faisait peur.
    Encore aujourd’hui, la peur du jugement est là.
    La peur des réactions.
    La peur que l’on banalise.
    Que l’on compare.
    Que l’on minimise.


    Et pourtant, ce que j’ai vécu n’est pas un cas isolé.


    À celles et ceux qui liront ces lignes et qui se reconnaîtront :
    vous n’êtes pas seul·es.
    Vous n’avez rien fait de mal.
    Ce que vous avez subi n’est pas de votre faute.


    Être survivant·e n’est pas une tare.
    Ce n’est pas une faiblesse.
    C’est une réalité lourde à porter, mais légitime.
    Vous avez le droit d’exister avec votre histoire.


    Vous avez le droit de demander de l’aide.
    À des professionnel·les compétent·es.
    À votre rythme.
    Quand vous serez prêt·es.


    Parler n’est pas une obligation.
    Se taire n’est pas une honte.
    Mais savoir que l’on peut être accompagné·e peut déjà changer quelque chose.


    Je ne sais pas encore où ce chemin me mène.
    Mais je sais une chose :
    je refuse désormais de porter la honte à la place de ceux qui m’ont blessée.


    Et si ce texte existe, ce n’est pas pour choquer.
    C’est pour dire que nous existons.
    Que nous survivons.
    Et que, parfois, c’est déjà un acte de résistance.

  • Ce n’est pas le regard des autres qui compte. C’est celui que j’apprends à poser sur moi.

    Il y a des moments qui ne paient pas de mine.
    Pas de grande révélation.
    Pas de discours.
    Pas de scène marquante.


    Juste quelques secondes, dans une journée ordinaire.


    J’étais devant un opticien, à attendre l’ouverture.
    Rien de particulier.
    Et puis un jeune homme, inconnu, s’est arrêté et m’a dit simplement :
    « Vous êtes bien habillée, madame. Vous êtes très élégante. »


    Surprise.
    Pas envahie.
    Pas mal à l’aise.
    Juste surprise.
    Agréablement.

    J’ai répondu :
    « Merci, c’est très gentil. »


    Et tout s’est arrêté là.
    Pas de suite.
    Pas d’insistance.
    Pas de malaise.


    Juste un échange bref, respectueux, sans attente.


    Ce qui m’a frappée, ce n’est pas tant le compliment en lui-même.
    C’est ce qu’il a touché en moi.


    Il m’a fait du bien.
    Simplement.
    Sincèrement.

    Recevoir ce genre de mots, surtout quand on est en pleine reconstruction, ça compte.
    Ça ne nourrit pas l’orgueil.
    Ça ne gonfle pas l’ego.
    Ça ne crée pas de fausse assurance.


    Mais ça réchauffe.
    Ça confirme, doucement, que quelque chose se remet en place.


    Et c’est encore plus frappant quand ça vient d’un parfait inconnu.
    Quelqu’un qui ne me connaît ni d’Adam ni d’Ève.
    Qui ne sait rien de mon histoire, de mes combats, de mes failles.
    Quelqu’un qui ne projette rien, qui n’attend rien, qui ne prend rien.

    Il fut un temps où j’aurais minimisé.
    Où j’aurais détourné.
    Où j’aurais répondu trop vite, trop froidement, avec ce réflexe appris :
    se faire petite, ne pas attirer l’attention, se protéger avant même qu’il n’y ait un danger.


    Cette fois, non.


    J’ai accueilli.
    Sans me justifier.
    Sans me méfier.
    Sans me sentir menacée.


    Et c’est là que j’ai compris quelque chose d’essentiel :
    ce moment parlait moins de lui… que de moi.


    De ce que je commence à dégager.
    De ce que je commence à incarner.
    De cette manière nouvelle d’être visible sans être vulnérable,
    regardée sans être réduite,
    reconnue sans être prise.

    Ce n’est pas une validation extérieure que je cherche.
    Ce n’est pas une preuve.


    C’est un reflet.


    Un reflet discret, presque banal, qui me dit que quelque chose a changé dans mon rapport à moi-même.
    Dans ma posture.
    Dans ma manière d’habiter mon corps, mon espace, mon existence.


    Et puis il y a cette ironie douce :
    recevoir ce compliment devant un opticien.


    Comme si le regard se réajustait.
    Le mien d’abord.
    Celui des autres ensuite.


    Je ne fais pas de ce moment un symbole démesuré.
    Je ne lui donne pas plus de poids qu’il n’en a.


    Mais je le garde.

    Comme un petit caillou blanc sur le chemin.
    Pas pour m’y accrocher.
    Juste pour me souvenir que j’avance.


    Parfois, la reconstruction ne crie pas.
    Elle murmure.


    Et parfois, elle passe par une phrase simple, dite au bon moment,
    à quelqu’un qui commence enfin à se voir autrement.

    Je n’ai pas besoin d’être regardée pour exister.
    Mais aujourd’hui, quand un regard est juste, simple, sans attente,
    je sais le recevoir sans me perdre.


    Ce compliment ne m’a pas construite.
    Il a simplement confirmé que je suis en train de le faire moi-même.


    Et c’est peut-être ça, finalement, le vrai signe que je vais mieux :
    ne plus fuir le regard,
    ne plus m’y dissoudre,
    juste l’accueillir…
    et continuer d’avancer.

    Élyra Solän.

  • Marcher à tes côtés, sans diriger.
    Présente, même quand je doute.
    Je ne te retiens pas.
    Je suis là. Et je t’aime, malgré tout.

    L’adolescence est une terre instable.
    Pour eux.
    Pour nous.

    C’est un âge où le lien se tend, se fragilise, parfois jusqu’à sembler presque éphémère.
    L’adolescent a le sentiment de ne pas être compris, de ne pas être pris au sérieux, d’être encore infantilisé alors qu’il sent en lui des choses immenses, brûlantes, nouvelles.
    Les règles lui paraissent injustes.
    Les décisions arbitraires.
    Les limites étouffantes.

    Et de l’autre côté, il y a nous, les parents.
    Incompris aussi.
    Jugés parfois sur des décisions que nous ne prenons jamais contre eux, mais pour eux.
    Des décisions nées de la peur de les voir souffrir, tomber, se perdre.
    Des décisions prises pour protéger, préserver, amortir les chocs d’un monde dont nous connaissons déjà la dureté, la cruauté parfois.

    Nous savons qu’ils devront traverser l’amour, le deuil, la peur, le doute, l’injustice, la colère, la frustration.
    Nous savons que ces passages sont inévitables.
    Et pourtant, tant que nous le pouvons, nous essayons de retarder l’impact, d’adoucir la chute, de poser des garde-fous.

    Mais on ne met pas un adolescent sous cloche.
    On ne vit pas dans une bulle.
    Et à force d’interdits absolus, il arrive que certains cherchent à braver, à contourner, à se mettre en danger bêtement, juste pour exister, juste pour être entendus.

    Alors il ne nous reste qu’une chose à faire :
    accompagner.
    Du mieux possible.
    Avec plus de compréhension que de contrôle.
    Avec plus de dialogue que de rigidité.
    Et parfois, oui, en prenant des décisions difficiles, inconfortables, imparfaites…
    mais plus sécurisantes que le silence ou l’interdit aveugle.

    Parce qu’aimer un adolescent, ce n’est pas le protéger de tout.
    C’est rester là quand il traverse.

    Il y a des moments où être mère devient vertigineux.
    Pas parce qu’on ne sait pas aimer.
    Mais parce qu’on aime trop, et qu’on a peur de mal faire.

    Mon fils traverse son premier chagrin d’amour.
    Et moi, je le regarde faire.

    Ce n’est plus un petit garçon.
    C’est un grand garçon.
    Presque un homme.
    Avec ses silences, sa pudeur, sa façon à lui de garder pour lui ce qui déborde.

    Et moi, je suis là.
    Présente.
    Mais souvent incertaine.

    Être maman d’un adolescent, c’est une traversée complexe.
    Parce qu’il y a des moments où le lien semble se fragiliser.
    Des moments où l’incompréhension prend toute la place.

    Lui se sent incompris.
    Il trouve ça injuste.
    Il ne comprend pas toujours que ce que je fais, ce que je dis, ce que je pose comme cadre, ce n’est pas contre lui, mais pour lui.

    Et moi, je ne comprends pas toujours comment le rejoindre sans l’envahir.

    Il y a cette phase d’adaptation permanente.
    Ce moment où l’enfant grandit plus vite que nos repères.
    Où ce qui fonctionnait avant ne fonctionne plus.
    Où l’on a parfois l’impression d’arriver à un point de rupture.

    Et ça, en tant que parent, ça fait mal.
    Ça freine.
    Ça remue.
    Ça donne l’impression de marcher sur un fil, sans filet.

    Dans des moments comme celui-là, j’ai peur.
    Peur d’en faire trop et d’être envahissante.
    Peur de ne pas en faire assez et d’être absente.
    Peur de rater le juste milieu.

    C’est extrêmement difficile de savoir où se placer.
    De savoir quand parler.
    Quand se taire.
    Quand tendre la main.
    Quand simplement rester là, sans rien demander.

    Je connais cette douleur qu’il traverse.
    Je la connais autrement.
    Avec mon âge.
    Avec mon histoire.

    Et justement parce que je la connais, je fais attention.
    Je ne veux pas projeter.
    Je ne veux pas ramener à moi.
    Je ne veux pas voler son vécu avec mes mots.

    J’ai été maladroite.
    Je lui ai dit des phrases que moi-même je n’arrive plus à entendre aujourd’hui.
    Des phrases qu’on dit pour rassurer, mais qui ferment plus qu’elles n’ouvrent.

    Alors j’ai ajusté.
    J’ai appris à reculer.
    À observer.
    À me taire quand il le fallait.

    Ce que je comprends peu à peu, c’est que ma place n’est pas de réparer.
    Ni d’expliquer.
    Ni d’effacer.

    Ma place, c’est d’être là.
    Stable.
    Solide.
    Disponible.

    Pas comme une mère qui a toutes les réponses.
    Mais comme une mère qui reste, même quand elle doute.

    Je ne peux pas vivre cette peine à sa place.
    Je ne peux pas la raccourcir.
    Je ne peux pas l’adoucir par des promesses.

    Mais je peux lui offrir un espace sûr.
    Un endroit où il n’a pas besoin de faire semblant.
    Un endroit où il peut être fermé sans être rejeté.
    Un endroit où il peut être en colère sans être corrigé.

    Je peux simplement lui dire, sans bruit :
    Je suis là.
    Quand tu veux.
    Comme tu veux.

    Voir son fils devenir un homme, ce n’est pas seulement le voir grandir.
    C’est accepter de perdre certaines certitudes.
    C’est accepter que l’amour change de forme.

    C’est apprendre à accompagner sans diriger.
    À aimer sans contrôler.
    À rester présente sans s’imposer.

    Je ne suis pas toujours sûre de la place à tenir.
    Je doute.
    Je tâtonne.
    Je fais des erreurs.

    Mais je reste.

    Et peut-être que ce n’est pas la perfection qu’un enfant attend à cet âge-là,
    mais la constance.
    La sécurité.
    La certitude que, même quand le lien vacille,
    il ne se rompt pas.

    Je marche à côté de lui.
    Pas devant.
    Pas à sa place.

    Et aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.

  • Ce qui s’éloigne quand je me choisis ne me manquait déjà plus.

    Il y a des prises de conscience qui font mal, mais qui libèrent.
    Celles où l’on comprend que certains liens ne tenaient pas par amour,
    mais par habitude, par confort, par bénéfice silencieux.


    Et qu’à partir du moment où l’on se relève,
    où l’on se respecte,
    où l’on cesse de se renier,
    quelque chose change.
    Les masques tombent.
    Les présences se font plus rares.

    J’ai mis du temps à comprendre que toutes les absences ne sont pas des abandons.
    Que certaines personnes ne s’en vont pas parce qu’on leur a fait du mal,
    mais parce qu’on a cessé de se faire du mal pour elles.

    Pendant longtemps, je me suis oubliée.
    J’ai donné sans compter.
    J’ai arrangé.
    J’ai porté.
    J’ai excusé.
    J’ai encaissé.
    Je me suis pliée pour préserver des liens qui ne tenaient que parce que je me pliais.

    Et puis un jour, j’ai commencé à me regarder autrement.
    À écouter mon corps.
    À entendre mes limites.
    À reprendre ma place.
    À dire non.
    À ralentir.
    À choisir ce qui était juste pour moi, même si ce n’était pas confortable pour les autres.

    Et c’est là que quelque chose est devenu évident.

    Certaines personnes ont commencé à s’éloigner.
    Sans conflit.
    Sans explication.
    Sans bruit.

    Au début, j’ai cru que je perdais quelque chose.
    Des relations.
    Des habitudes.
    Des repères.
    J’ai douté.
    Je me suis demandé si j’avais été trop dure.
    Trop exigeante.
    Trop distante.

    Mais la vérité est plus simple, et plus dérangeante :
    ces liens existaient surtout parce que je me reniais.

    Parce que j’étais disponible.
    Parce que je ne demandais rien.
    Parce que je donnais plus que je ne recevais.
    Parce que je faisais passer les besoins des autres avant les miens.

    Quand j’ai arrêté ça,
    quand j’ai cessé d’être utile à leur confort,
    quand j’ai arrêté de servir de refuge, de béquille, de tampon émotionnel,
    ces personnes n’ont pas su rester.

    Et ce n’est pas une perte.

    C’est un tri naturel.

    Les relations toxiques ne se terminent pas toujours dans le chaos.
    Parfois, elles se dissolvent d’elles-mêmes
    quand on ne joue plus le rôle qu’on attendait de nous.

    Aujourd’hui, je comprends que ce départ n’est pas un échec.
    C’est la preuve que je ne suis plus en train de me trahir.

    Les liens qui restent sont plus rares.
    Mais ils sont plus vrais.
    Plus calmes.
    Plus respectueux.

    Et ceux qui partent…
    laissent de la place.

    De la place pour respirer.
    De la place pour guérir.
    De la place pour des relations qui ne demandent pas de s’effacer pour exister.

    Et puis il y a une autre vérité, plus silencieuse, mais tout aussi réelle :
    il y a aussi des liens toxiques que j’ai coupés moi-même.

    Des liens d’amitié.
    Mais aussi des liens familiaux.

    Parce qu’on dit souvent qu’on ne choisit pas sa famille, mais qu’on choisit ses amis.
    Moi, j’ai fait le parti pris de choisir les deux.

    Pas dans la colère.
    Pas dans le scandale.
    Pas dans le chaos.

    Je m’en suis rendu compte.
    J’ai vu clair.
    Et j’ai choisi de m’éloigner sans bruit.

    Pas de message interminable.
    Pas de justification.
    Pas de “dernière discussion” pour espérer être comprise.
    Juste une absence.
    Un silence.
    Une porte que j’ai refermée définitivement.

    Sans regret.
    Sans haine.
    Sans envie de revenir.

    Parce que c’était une décision mûrement réfléchie.
    Et parce qu’une fois cette décision prise… je me suis sentie mieux.
    Plus légère.
    Plus sereine.
    Comme si mon corps, enfin, respirait à nouveau.

    Je n’ai pas perdu des gens.
    J’ai perdu des schémas.

    Et ce que j’ai gagné en retour,
    c’est moi.

    Ma présence.
    Ma clarté.
    Ma dignité.

    Parfois, se choisir coûte des relations.
    Mais rester dans des liens qui nous détruisent coûte bien plus cher.

  • Être mère, ce n’est pas avoir toujours raison. C’est rester présente.


    Il y a des décisions que l’on prend en pensant qu’elles sont gravées dans le marbre.
    Des “non” fermes, instinctifs, protecteurs.


    Et puis il y a la vie.
    Les années qui passent.
    Les enfants qui grandissent.
    La réalité qui se complexifie.
    Et parfois, être une mère consciente, ce n’est pas tenir coûte que coûte une position.
    C’est avoir le courage de la réinterroger.



    Quand mon fils avait 13 ans, il m’a dit qu’il avait essayé une puff.
    Qu’il avait aimé.
    Qu’il trouvait ça “cool”.
    Ma réponse a été immédiate. Viscérale.
    Un non catégorique.
    Jamais.
    Pas question.
    Trop jeune. Trop dangereux. Trop tôt.
    C’était une réaction de parent.
    Une réaction de protection brute.
    Celle que beaucoup de parents auraient eue.


    Et pendant un temps, ce non a tenu.
    Puis il a grandi.
    Il a eu 15 ans.
    Il est entré au lycée.
    Et la réalité m’a rattrapée.
    Un jour, il a été convoqué par la direction parce qu’il faisait partie de jeunes susceptibles d’acheter des cigarettes électroniques de contrefaçon.
    Pas par rébellion.
    Pas par défi.
    Mais par pression sociale.
    Par envie d’être “comme les autres”.


    Et là, quelque chose a bougé en moi.
    Je me suis posé des questions difficiles.
    Inconfortables.
    Comment continuer à dire non, alors que moi-même je vapote ?
    Alors que son père est un ancien gros fumeur passé à la vape ?
    Alors que sa tante, son oncle, qui sont son  parrain, sa marraine vapotent et fument ?
    Alors que la majorité de ses camarades en ont une ?
    Surtout, comment continuer à dire non sans l’exposer à plus de danger encore ?


    Parce que le vrai risque, je l’ai compris à ce moment-là,
    ce n’était pas la cigarette électronique en elle-même,
    mais ce qu’il irait chercher en cachette.
    Des puffs de contrefaçon.
    Des produits dont on ignore tout : provenance, fabrication, composition.
    Des liquides nicotinés.
    Une dépendance créée artificiellement.
    Un danger réel.


    Alors j’ai fait quelque chose de difficile.
    J’ai changé d’angle.
    J’ai décidé de ne plus être dans l’interdit aveugle,
    mais dans l’encadrement conscient.

    Et puis, il y a quelque chose d’autre que j’ai compris en chemin.
    Peut-être moins visible, mais tout aussi important.
    En changeant d’angle, en acceptant d’écouter ce qu’il exprimait, en tenant compte de l’enjeu social et de l’impact psychologique que ce refus pouvait avoir sur lui, je lui ai peut-être envoyé un autre message que celui que je pensais envoyer au départ.
    Le message que je suis là.
    Que je l’écoute.
    Que je ne balaie pas ses besoins d’un revers de main.
    Que même si je ne comprends pas toujours tout, même si je suis dérangée, même si ça me heurte, je fais l’effort d’entendre ce qu’il vit.
    En le responsabilisant plutôt qu’en le punissant, en lui faisant confiance plutôt qu’en le surveillant, j’ai peut-être aussi ouvert quelque chose entre nous.
    L’idée qu’il peut venir me parler.
    Qu’il peut se confier.
    Qu’il peut exprimer ses envies, ses pressions, ses doutes, sans craindre d’être rejeté ou écrasé.
    Peut-être que ce choix n’a pas seulement encadré une pratique.
    Peut-être qu’il a aussi commencé à construire un socle plus profond :
    Elle est là.
    Elle m’entend.
    Elle ne me comprend pas toujours comme je le voudrais, mais elle fait l’effort.
    Je peux lui faire confiance.
    Et quoi qu’il arrive, elle fera de son mieux pour m’aider, me porter et me protéger.


    Je l’ai emmené avec moi dans une boutique spécialisée.
    Une vraie commerçante.
    Quelqu’un de sérieux.
    Des produits français, traçables, avec un cahier des charges strict.
    J’ai posé mes conditions, clairement.
    Pas de nicotine.
    Pas de tabac.
    Pas d’abus.
    Pas dans la chambre.
    Une transparence totale avec moi.
    Cinq règles.
    Non négociables.


    Je lui ai aussi dit une chose importante :
    je finance le départ, pas la suite.
    Tu veux vapoter ?
    Tu assumes.
    Tu gères ton budget.
    Tu prends la responsabilité de ta consommation.
    Ce n’est pas une banalisation.
    Ce n’est pas une validation sociale.
    Ce n’est pas “tout le monde le fait donc c’est ok”.
    C’est un cadre.
    Une responsabilisation.
    Un choix fait en conscience, pas par lâcheté.


    Et pourtant…
    Je ne vais pas mentir.
    Cette décision est lourde à porter.
    Voir mon fils de 15 ans avec une cigarette électronique me heurte.
    Me dérange.
    Me fait douter.
    J’ai eu cette pensée que beaucoup de mères connaissent :
    “Et si j’étais une mauvaise mère ?”
    Mais aujourd’hui, je sais une chose :
    être une bonne mère, ce n’est pas appliquer des principes figés.
    C’est s’adapter sans se renier.
    C’est protéger autrement quand le monde change.
    C’est accepter que le réel est parfois moins simple que nos idéaux.
    Je n’ai pas jeté mon fils dans la “normalité”.
    Je n’ai pas renoncé à mes valeurs.
    J’ai choisi la voie la moins dangereuse dans un contexte imparfait.
    Et je continue d’observer.
    D’accompagner.
    De dialoguer.
    De poser des limites.


    Je ne sais pas si cette décision est parfaite.
    Je sais seulement qu’elle est réfléchie.
    Qu’elle est encadrée.
    Qu’elle est prise avec amour et lucidité.
    Être parent, ce n’est pas toujours avoir raison.
    C’est parfois accepter de réajuster,
    sans culpabilité,
    sans se flageller,
    sans se trahir.
    Et continuer, malgré le doute,
    à faire de son mieux.

  • Je guéris pour vivre.
    Le reste viendra… ou pas.

    Il y a des prises de conscience qui ne font pas de bruit.
    Elles n’arrivent pas dans l’urgence, ni dans le fracas d’une rupture.
    Elles s’installent doucement, après les tempêtes, quand le corps est fatigué mais que l’esprit commence à voir clair.
    Ce texte est né de cet endroit-là.
    Pas d’une fin brutale, mais d’un basculement intérieur.
    Celui où l’on comprend que guérir n’est pas une étape vers quelqu’un,
    mais un chemin vers soi.

    J’ai fait le deuil de son retour, pas encore celui de l’amour.


    Il y a des prises de conscience qui ne font pas de bruit.
    Elles ne claquent pas comme des portes.
    Elles s’installent doucement, presque en silence, et pourtant… elles changent tout.


    Ces derniers temps, j’ai compris quelque chose d’essentiel.
    J’ai fait le deuil de son retour.
    Vraiment.
    Je n’attends plus qu’il revienne.
    Je n’espère plus un message, un signe, un retournement de situation.


    Mais je n’ai pas encore fait le deuil de la relation.
    Ni celui de l’amour.
    Et peut-être que je n’y serai jamais totalement prête.
    Peut-être que certains deuils ne se font pas d’un bloc.
    Peut-être qu’ils se transforment, se déplacent, se déposent autrement avec le temps.


    Aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, je n’ai ni l’envie, ni l’énergie, ni la patience de retomber amoureuse.
    Je n’ai pas envie de rencontrer quelqu’un.
    Je n’ai pas envie de recommencer une histoire.
    Pas parce que je n’y crois plus.
    Mais parce que ça m’a coûté trop cher.
    L’addition a été beaucoup trop salée.
    Et je ne suis ni en mesure, ni en capacité de repasser à la caisse.


    Pour l’instant, il y a autre chose à faire.
    Quelque chose de plus important.
    De plus vital.
    Apprendre à être seule.
    Mais pas dans le sens vide ou abandonné.
    Apprendre à me découvrir, ou peut-être à me redécouvrir, sans le regard de quelqu’un d’autre.


    Apprendre qui je suis quand je ne me définis plus à travers une relation.
    Apprendre à m’aimer.
    À m’assumer.
    À m’accepter.
    À me respecter.
    Guérir, aussi.
    Émotionnellement.
    Psychiquement.
    Physiquement.


    Et plus j’avance, plus je comprends une chose fondamentale :
    la guérison n’est pas un chemin lisse, bordé de tulipes et de pétunias.
    La guérison est chaotique.
    Elle est inconfortable.
    Elle est parfois violente.
    Elle est faite de coins d’ombre et de coins de lumière.
    De hauts et de bas.
    De moments de clarté… suivis de craquages.
    De trop-pleins.
    De vides émotionnels.
    De phases où l’on ne sait même plus ce que l’on ressent.
    Il y a des jours où l’on ne sait pas si l’on est triste, heureuse, soulagée, épuisée ou simplement vide.
    Des jours où tout se mélange.
    Et c’est normal.


    La guérison n’est pas linéaire.
    Et celui qui prétend le contraire est un menteur.


    Tout comme celui qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille.
    Parce que non.
    La vie ne l’est pas.
    Jamais.


    Et j’ai compris autre chose, tout aussi importante.
    Une phrase que l’on répète souvent, presque comme une vérité universelle, est elle aussi fausse.
    « Traite les gens comme tu aimerais qu’ils te traitent. »
    Non.
    Parce que pendant longtemps, j’ai appliqué cette phrase à la lettre.
    J’ai donné ce que j’aurais aimé recevoir.
    J’ai été douce quand on ne l’était pas avec moi.
    Présente quand on était absent.
    Compréhensive quand on me blessait.
    Patiente quand on dépassait mes limites.
    Et ça ne m’a pas protégée.
    Ça m’a exposée.
    Aujourd’hui, je sais que la vraie phrase est celle-ci :
    traite-toi comme tu aimerais que les gens te traitent.


    Parce que si je m’oublie,
    si je me renie,
    si je me manque de respect,
    alors les autres ne peuvent pas me respecter à ma place.
    On ne peut pas apprendre aux autres à nous traiter correctement
    si nous-mêmes acceptons l’inacceptable.


    La vie secoue.
    La vie bouscule.
    La vie fait tomber, relever, retomber encore.
    Et parfois, elle demande simplement de tenir.
    Un jour de plus.
    Une respiration de plus.
    Aujourd’hui, je ne cherche pas à aller mieux vite.
    Je cherche à aller vrai.
    À mon rythme.
    Avec mes failles.
    Avec mes résistances.
    Avec mes contradictions.
    Je ne ferme pas la porte à l’amour.
    Mais je ne la rouvre pas non plus tant que je ne suis pas solide à l’intérieur.
    Parce que je refuse désormais de me perdre pour aimer.
    Je refuse de me sacrifier pour exister dans le regard de quelqu’un.
    Pour l’instant, je marche seule.
    Pas parce que je n’aime plus.
    Mais parce que je me choisis.
    Et ça, c’est déjà un immense pas.

    Aujourd’hui, je ne cherche plus à réparer pour être aimée.
    Je me reconstruis pour être vivante.
    Présente.
    Alignée.
    Si un jour l’amour revient, il trouvera une femme debout, consciente, entière.
    Et s’il ne revient pas, je saurai quand même avancer.
    Parce que désormais, je le sais :
    j’ai guéri pour vivre.