
Il y a des décisions que l’on prend en pensant qu’elles sont gravées dans le marbre.
Des “non” fermes, instinctifs, protecteurs.
Et puis il y a la vie.
Les années qui passent.
Les enfants qui grandissent.
La réalité qui se complexifie.
Et parfois, être une mère consciente, ce n’est pas tenir coûte que coûte une position.
C’est avoir le courage de la réinterroger.
Quand mon fils avait 13 ans, il m’a dit qu’il avait essayé une puff.
Qu’il avait aimé.
Qu’il trouvait ça “cool”.
Ma réponse a été immédiate. Viscérale.
Un non catégorique.
Jamais.
Pas question.
Trop jeune. Trop dangereux. Trop tôt.
C’était une réaction de parent.
Une réaction de protection brute.
Celle que beaucoup de parents auraient eue.
Et pendant un temps, ce non a tenu.
Puis il a grandi.
Il a eu 15 ans.
Il est entré au lycée.
Et la réalité m’a rattrapée.
Un jour, il a été convoqué par la direction parce qu’il faisait partie de jeunes susceptibles d’acheter des cigarettes électroniques de contrefaçon.
Pas par rébellion.
Pas par défi.
Mais par pression sociale.
Par envie d’être “comme les autres”.
Et là, quelque chose a bougé en moi.
Je me suis posé des questions difficiles.
Inconfortables.
Comment continuer à dire non, alors que moi-même je vapote ?
Alors que son père est un ancien gros fumeur passé à la vape ?
Alors que sa tante, son oncle, qui sont son parrain, sa marraine vapotent et fument ?
Alors que la majorité de ses camarades en ont une ?
Surtout, comment continuer à dire non sans l’exposer à plus de danger encore ?
Parce que le vrai risque, je l’ai compris à ce moment-là,
ce n’était pas la cigarette électronique en elle-même,
mais ce qu’il irait chercher en cachette.
Des puffs de contrefaçon.
Des produits dont on ignore tout : provenance, fabrication, composition.
Des liquides nicotinés.
Une dépendance créée artificiellement.
Un danger réel.
Alors j’ai fait quelque chose de difficile.
J’ai changé d’angle.
J’ai décidé de ne plus être dans l’interdit aveugle,
mais dans l’encadrement conscient.
Et puis, il y a quelque chose d’autre que j’ai compris en chemin.
Peut-être moins visible, mais tout aussi important.
En changeant d’angle, en acceptant d’écouter ce qu’il exprimait, en tenant compte de l’enjeu social et de l’impact psychologique que ce refus pouvait avoir sur lui, je lui ai peut-être envoyé un autre message que celui que je pensais envoyer au départ.
Le message que je suis là.
Que je l’écoute.
Que je ne balaie pas ses besoins d’un revers de main.
Que même si je ne comprends pas toujours tout, même si je suis dérangée, même si ça me heurte, je fais l’effort d’entendre ce qu’il vit.
En le responsabilisant plutôt qu’en le punissant, en lui faisant confiance plutôt qu’en le surveillant, j’ai peut-être aussi ouvert quelque chose entre nous.
L’idée qu’il peut venir me parler.
Qu’il peut se confier.
Qu’il peut exprimer ses envies, ses pressions, ses doutes, sans craindre d’être rejeté ou écrasé.
Peut-être que ce choix n’a pas seulement encadré une pratique.
Peut-être qu’il a aussi commencé à construire un socle plus profond :
Elle est là.
Elle m’entend.
Elle ne me comprend pas toujours comme je le voudrais, mais elle fait l’effort.
Je peux lui faire confiance.
Et quoi qu’il arrive, elle fera de son mieux pour m’aider, me porter et me protéger.
Je l’ai emmené avec moi dans une boutique spécialisée.
Une vraie commerçante.
Quelqu’un de sérieux.
Des produits français, traçables, avec un cahier des charges strict.
J’ai posé mes conditions, clairement.
Pas de nicotine.
Pas de tabac.
Pas d’abus.
Pas dans la chambre.
Une transparence totale avec moi.
Cinq règles.
Non négociables.
Je lui ai aussi dit une chose importante :
je finance le départ, pas la suite.
Tu veux vapoter ?
Tu assumes.
Tu gères ton budget.
Tu prends la responsabilité de ta consommation.
Ce n’est pas une banalisation.
Ce n’est pas une validation sociale.
Ce n’est pas “tout le monde le fait donc c’est ok”.
C’est un cadre.
Une responsabilisation.
Un choix fait en conscience, pas par lâcheté.
Et pourtant…
Je ne vais pas mentir.
Cette décision est lourde à porter.
Voir mon fils de 15 ans avec une cigarette électronique me heurte.
Me dérange.
Me fait douter.
J’ai eu cette pensée que beaucoup de mères connaissent :
“Et si j’étais une mauvaise mère ?”
Mais aujourd’hui, je sais une chose :
être une bonne mère, ce n’est pas appliquer des principes figés.
C’est s’adapter sans se renier.
C’est protéger autrement quand le monde change.
C’est accepter que le réel est parfois moins simple que nos idéaux.
Je n’ai pas jeté mon fils dans la “normalité”.
Je n’ai pas renoncé à mes valeurs.
J’ai choisi la voie la moins dangereuse dans un contexte imparfait.
Et je continue d’observer.
D’accompagner.
De dialoguer.
De poser des limites.
Je ne sais pas si cette décision est parfaite.
Je sais seulement qu’elle est réfléchie.
Qu’elle est encadrée.
Qu’elle est prise avec amour et lucidité.
Être parent, ce n’est pas toujours avoir raison.
C’est parfois accepter de réajuster,
sans culpabilité,
sans se flageller,
sans se trahir.
Et continuer, malgré le doute,
à faire de son mieux.
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