
Présente, même quand je doute.
Je ne te retiens pas.
Je suis là. Et je t’aime, malgré tout.
L’adolescence est une terre instable.
Pour eux.
Pour nous.
C’est un âge où le lien se tend, se fragilise, parfois jusqu’à sembler presque éphémère.
L’adolescent a le sentiment de ne pas être compris, de ne pas être pris au sérieux, d’être encore infantilisé alors qu’il sent en lui des choses immenses, brûlantes, nouvelles.
Les règles lui paraissent injustes.
Les décisions arbitraires.
Les limites étouffantes.
Et de l’autre côté, il y a nous, les parents.
Incompris aussi.
Jugés parfois sur des décisions que nous ne prenons jamais contre eux, mais pour eux.
Des décisions nées de la peur de les voir souffrir, tomber, se perdre.
Des décisions prises pour protéger, préserver, amortir les chocs d’un monde dont nous connaissons déjà la dureté, la cruauté parfois.
Nous savons qu’ils devront traverser l’amour, le deuil, la peur, le doute, l’injustice, la colère, la frustration.
Nous savons que ces passages sont inévitables.
Et pourtant, tant que nous le pouvons, nous essayons de retarder l’impact, d’adoucir la chute, de poser des garde-fous.
Mais on ne met pas un adolescent sous cloche.
On ne vit pas dans une bulle.
Et à force d’interdits absolus, il arrive que certains cherchent à braver, à contourner, à se mettre en danger bêtement, juste pour exister, juste pour être entendus.
Alors il ne nous reste qu’une chose à faire :
accompagner.
Du mieux possible.
Avec plus de compréhension que de contrôle.
Avec plus de dialogue que de rigidité.
Et parfois, oui, en prenant des décisions difficiles, inconfortables, imparfaites…
mais plus sécurisantes que le silence ou l’interdit aveugle.
Parce qu’aimer un adolescent, ce n’est pas le protéger de tout.
C’est rester là quand il traverse.
Il y a des moments où être mère devient vertigineux.
Pas parce qu’on ne sait pas aimer.
Mais parce qu’on aime trop, et qu’on a peur de mal faire.
Mon fils traverse son premier chagrin d’amour.
Et moi, je le regarde faire.
Ce n’est plus un petit garçon.
C’est un grand garçon.
Presque un homme.
Avec ses silences, sa pudeur, sa façon à lui de garder pour lui ce qui déborde.
Et moi, je suis là.
Présente.
Mais souvent incertaine.
Être maman d’un adolescent, c’est une traversée complexe.
Parce qu’il y a des moments où le lien semble se fragiliser.
Des moments où l’incompréhension prend toute la place.
Lui se sent incompris.
Il trouve ça injuste.
Il ne comprend pas toujours que ce que je fais, ce que je dis, ce que je pose comme cadre, ce n’est pas contre lui, mais pour lui.
Et moi, je ne comprends pas toujours comment le rejoindre sans l’envahir.
Il y a cette phase d’adaptation permanente.
Ce moment où l’enfant grandit plus vite que nos repères.
Où ce qui fonctionnait avant ne fonctionne plus.
Où l’on a parfois l’impression d’arriver à un point de rupture.
Et ça, en tant que parent, ça fait mal.
Ça freine.
Ça remue.
Ça donne l’impression de marcher sur un fil, sans filet.
Dans des moments comme celui-là, j’ai peur.
Peur d’en faire trop et d’être envahissante.
Peur de ne pas en faire assez et d’être absente.
Peur de rater le juste milieu.
C’est extrêmement difficile de savoir où se placer.
De savoir quand parler.
Quand se taire.
Quand tendre la main.
Quand simplement rester là, sans rien demander.
Je connais cette douleur qu’il traverse.
Je la connais autrement.
Avec mon âge.
Avec mon histoire.
Et justement parce que je la connais, je fais attention.
Je ne veux pas projeter.
Je ne veux pas ramener à moi.
Je ne veux pas voler son vécu avec mes mots.
J’ai été maladroite.
Je lui ai dit des phrases que moi-même je n’arrive plus à entendre aujourd’hui.
Des phrases qu’on dit pour rassurer, mais qui ferment plus qu’elles n’ouvrent.
Alors j’ai ajusté.
J’ai appris à reculer.
À observer.
À me taire quand il le fallait.
Ce que je comprends peu à peu, c’est que ma place n’est pas de réparer.
Ni d’expliquer.
Ni d’effacer.
Ma place, c’est d’être là.
Stable.
Solide.
Disponible.
Pas comme une mère qui a toutes les réponses.
Mais comme une mère qui reste, même quand elle doute.
Je ne peux pas vivre cette peine à sa place.
Je ne peux pas la raccourcir.
Je ne peux pas l’adoucir par des promesses.
Mais je peux lui offrir un espace sûr.
Un endroit où il n’a pas besoin de faire semblant.
Un endroit où il peut être fermé sans être rejeté.
Un endroit où il peut être en colère sans être corrigé.
Je peux simplement lui dire, sans bruit :
Je suis là.
Quand tu veux.
Comme tu veux.
Voir son fils devenir un homme, ce n’est pas seulement le voir grandir.
C’est accepter de perdre certaines certitudes.
C’est accepter que l’amour change de forme.
C’est apprendre à accompagner sans diriger.
À aimer sans contrôler.
À rester présente sans s’imposer.
Je ne suis pas toujours sûre de la place à tenir.
Je doute.
Je tâtonne.
Je fais des erreurs.
Mais je reste.
Et peut-être que ce n’est pas la perfection qu’un enfant attend à cet âge-là,
mais la constance.
La sécurité.
La certitude que, même quand le lien vacille,
il ne se rompt pas.
Je marche à côté de lui.
Pas devant.
Pas à sa place.
Et aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.
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