
Cela fait de nous des êtres vivants qui continuent d’exister.
Ce texte aborde des violences sexuelles, le viol, le non-consentement, la dissociation corporelle et le traumatisme.
Il est recommandé de le lire avec douceur.
Si certains passages résonnent trop fort, il est légitime de faire une pause.
Il y a des mots que l’on met des années à apprivoiser.
Des mots qui brûlent la langue avant même d’être prononcés.
“Viol”.
“Non-consentement”.
“Survivant·e”.
Pendant longtemps, je n’ai pas su que j’en faisais partie.
Je croyais que survivre, c’était réservé à celles et ceux qui avaient vécu “le pire”.
Je croyais qu’il fallait des cris, des coups, du sang, une violence évidente pour que ce soit légitime.
Je croyais que ce que j’avais vécu n’était “pas si grave”.
Alors je me suis tue.
J’ai grandi dans un environnement où le corps n’était pas un espace sacré.
Où l’on ne parlait ni de désir, ni de consentement.
Où l’on apprenait surtout à faire taire ses besoins pour avoir la paix.
Pendant longtemps, j’ai cru que céder était normal.
Que dire oui pour éviter un conflit faisait partie du rôle.
Que le corps d’une femme en couple n’était plus vraiment le sien.
Je n’avais pas les mots.
Je n’avais pas les repères.
Je n’avais pas la possibilité de dire non sans culpabilité.
Alors j’ai subi.
Certains rapports n’étaient pas désirés.
Ils étaient tolérés.
Acceptés pour éviter la tension.
Pour éviter la colère.
Pour éviter le rejet.
Je ne savais pas encore que ce “oui” sans envie, ce “oui” pour avoir la paix, n’était pas un consentement.
Je ne savais pas que le consentement pouvait être retiré.
Je ne savais pas que ne pas savoir était déjà une réponse valable.
Puis il y a eu le viol.
Un viol violent.
Une agression brutale par une personne inconnue.
La peur.
La sidération.
La sensation que le temps se suspend.
Ce jour-là, quelque chose est mort en moi.
Le viol, c’est un meurtre sans cadavre.
On survit, mais on n’est plus tout à fait la même personne.
Je n’en ai parlé à personne.
Parce que je savais.
Je savais que l’on douterait.
Que l’on minimiserait.
Que l’on poserait les mauvaises questions.
Alors j’ai rangé ça dans une vitrine intérieure.
Et j’ai continué à vivre comme si de rien n’était.
Plus tard, quelqu’un est entré dans ma vie.
Quelqu’un qui, pour la première fois, a respecté chaque non.
Chaque silence.
Chaque hésitation.
Avec cette personne, j’ai appris ce qu’était réellement le consentement.
J’ai appris qu’un non est valable à tout moment.
Qu’un “je ne sais pas” est une réponse.
Que l’amour n’exige rien.
Et cette découverte a été aussi salvatrice que dévastatrice.
Parce qu’elle m’a obligée à regarder en face tout ce que j’avais subi avant.
Quand cette relation s’est terminée, tout est remonté.
La rupture n’a rien créé.
Elle a brisé les vitrines derrière lesquelles j’avais enfermé mes traumas.
Et avec eux, mon rapport au corps.
Pendant longtemps, mon corps n’a été qu’une enveloppe fonctionnelle.
Un outil.
Un moyen d’exister physiquement, sans vraiment habiter dedans.
Je me suis dissociée.
J’ai cessé de ressentir.
Mon corps a changé.
Beaucoup.
J’ai été très mince.
Puis beaucoup plus grosse.
Aujourd’hui encore, je peine à m’y retrouver.
Grossesses, variations de poids, transformations irréversibles.
Rien n’a arrangé ce lien déjà abîmé.
Je n’aime pas mon corps.
Je ne me supporte pas.
Quel que soit le chiffre sur la balance.
Je travaille à le réapprendre.
À le regarder autrement.
À envisager, peut-être, une chirurgie réparatrice.
Non pas pour plaire.
Mais pour me réconcilier avec ce qui a été déformé, abîmé, nié.
Tout cela, je ne l’ai pas vécu dans un cadre familial suffisamment sécurisant pour être verbalisé.
Parler faisait peur.
Encore aujourd’hui, la peur du jugement est là.
La peur des réactions.
La peur que l’on banalise.
Que l’on compare.
Que l’on minimise.
Et pourtant, ce que j’ai vécu n’est pas un cas isolé.
À celles et ceux qui liront ces lignes et qui se reconnaîtront :
vous n’êtes pas seul·es.
Vous n’avez rien fait de mal.
Ce que vous avez subi n’est pas de votre faute.
Être survivant·e n’est pas une tare.
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est une réalité lourde à porter, mais légitime.
Vous avez le droit d’exister avec votre histoire.
Vous avez le droit de demander de l’aide.
À des professionnel·les compétent·es.
À votre rythme.
Quand vous serez prêt·es.
Parler n’est pas une obligation.
Se taire n’est pas une honte.
Mais savoir que l’on peut être accompagné·e peut déjà changer quelque chose.
Je ne sais pas encore où ce chemin me mène.
Mais je sais une chose :
je refuse désormais de porter la honte à la place de ceux qui m’ont blessée.
Et si ce texte existe, ce n’est pas pour choquer.
C’est pour dire que nous existons.
Que nous survivons.
Et que, parfois, c’est déjà un acte de résistance.
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