Journal Intime d'une Dépressive qui se Soigne

Je m’appelle Élyra Solän. Jeune femme d’une trentaine d’années, maman de deux enfants, j’apprends à affronter mes peurs, mes blessures et mes silences. J’écris ici pour me soigner, pour me retrouver, et pour ne plus transmettre ce qui m’a fait mal. J’ai compris que demander de l’aide, c’est une immense force.

Je ne veux plus survivre. Je choisis de me sauver.

Il y a des décisions qui ne font pas de bruit.
Pas de grand discours.
Pas de moment spectaculaire.


Juste un instant.


Un moment où l’on comprend que continuer comme avant n’est plus possible.


Ce jour-là, je n’ai rien révolutionné.
J’ai simplement pris mon téléphone.


Et pourtant…
c’est peut-être l’un des gestes les plus importants que j’ai faits pour moi.

Mon premier rendez-vous chez le psychiatre approche.


Et je ressens tout à la fois.


De l’anxiété.
Du soulagement.
De la fierté.
De la peur.
Du doute.


Comme si toutes les émotions s’étaient donné rendez-vous au même endroit.


Parce que prendre ce rendez-vous, ce n’est pas anodin.
Ce n’est pas “juste consulter”.


C’est reconnaître que quelque chose ne va plus.

Pendant longtemps, j’ai tenu.


J’ai avancé avec ce que j’avais.
Avec mon traitement.
Avec mes mécanismes.
Avec ma capacité à encaisser.


Et ça fonctionnait.


Du moins… en apparence.


Mais ces derniers temps, quelque chose a changé.


Le sommeil est devenu fragile.
Les nuits ne sont plus reposantes.
Même sous anxiolytiques, mon mental continue de tourner, encore et encore, sans pause.


Et puis il y a eu autre chose.


Des pensées.


Des pensées intrusives.
Des idées noires.


Elles ne se concrétisent pas.
Elles restent à l’état d’impulsion, de passage.


Mais elles sont là.

De plus en plus présentes.
De plus en plus fréquentes.


Et ça… ça m’a fait peur.


Pas une peur vague.
Une vraie peur.


La peur de perdre ma lucidité.
La peur de ne plus maîtriser.
La peur de basculer.

Alors j’ai appelé.


Pas parce que j’étais prête.
Mais parce que je ne pouvais plus faire semblant d’aller bien.


C’était un ras-le-bol.
Une saturation.


Le moment où le corps et l’esprit disent ensemble :
“Stop.”

Je ne sais pas ce que je vais entendre.


Et ça m’angoisse.


J’ai peur de découvrir quelque chose.
J’ai peur de ne pas être comprise.
J’ai peur de mettre des mots sur ce que j’ai longtemps laissé sans nom.


Mais malgré ça… j’y vais.

Parce que je ne veux plus subir.


Je ne veux plus vivre comme ces dernières années.
Je ne veux plus survivre en silence.
Je ne veux plus attendre que ça passe.


Je veux comprendre.
Je veux aller mieux.
Je veux me reconstruire autrement.


Pour moi.


Pour mes enfants.


Mais surtout pour moi.

Ce rendez-vous, ce n’est pas une faiblesse.


C’est un déplacement.


Je ne fuis plus la douleur.
Je décide de la regarder.
De la comprendre.
De la transformer.


Je refuse qu’elle continue de me définir.


Je veux en faire une force.
Un point d’appui.
Un passage.

Je ne sais pas où ce chemin va me mener.


Mais je sais une chose :


Je refuse de continuer à vivre comme avant.


Et parfois,
se sauver,
ça commence simplement par un appel.

Élyra Solän

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