
Je refuse les aides sous conditions.
Je reste. Lucide. Debout. Même en pleurant.
Il y a des choses qui me font pleurer plus que d’autres.
Pas les grandes tragédies spectaculaires.
Pas les ruptures évidentes.
Mais quelque chose de plus sourd, de plus ancien, de plus intime.
La parole donnée.
Et surtout, la parole qui n’est pas tenue.
Je repense à toute ma vie.
À ma petite enfance.
À mon enfance.
À mon adolescence.
À ma vie de jeune adulte.
Et même aujourd’hui encore.
Je me rends compte d’une chose qui me serre la poitrine :
les promesses que j’ai le plus entendues sont celles qui ont eu le moins de valeur.
Et je ne parle pas des promesses des inconnus.
Ni de celles des gens de passage.
Je parle de celles qui venaient de mon cercle le plus proche.
De ceux en qui j’avais foi.
De ceux en qui j’avais confiance.
De ceux à qui j’ai tout donné.
Ma mère.
Mon père.
Ma sœur.
Mon ex-compagnon.
Ceux dont la parole aurait dû être un refuge.
Ceux dont les promesses auraient dû être un socle.
Je ne comprends toujours pas comment on peut promettre sans mesurer l’impact.
Comment on peut dire « je te promets » à la légère.
Comment on peut laisser quelqu’un attendre, espérer, croire…
puis ne rien faire.
Je ne dis pas que je n’ai jamais fait d’erreurs.
Moi aussi, il m’est arrivé de ne pas tenir une promesse.
Mais quand je savais que je n’en étais pas capable, je le disais.
Je prenais le temps d’expliquer.
De verbaliser.
De dire le pourquoi, le comment, les limites.
Parce que pour moi, une promesse n’est pas un soulagement momentané.
Ce n’est pas une phrase pour avoir la paix.
Ce n’est pas une réponse pour calmer une émotion sur l’instant.
Une promesse, c’est un engagement.
Et si je ne suis pas sûre de pouvoir le tenir, alors je ne promets pas.
Je dis : « je vais faire de mon mieux ».
Ou : « je ne sais pas ».
Ou : « je ne peux pas te promettre ».
Et je préfère mille fois un non honnête
à un oui qui laisse l’autre dans l’attente, la frustration et l’incompréhension.
Parce que la vérité, c’est celle-ci :
une promesse non tenue est bien plus destructrice qu’un refus clair.
Elle crée de l’espoir.
Elle crée de la sécurité.
Elle crée parfois même un attachement vital.
Et quand elle s’effondre, ce n’est pas seulement l’acte qui manque.
C’est la confiance qui se fissure.
C’est le lien qui se fragilise.
C’est une part de moi qui se referme.
Je l’ai vécu trop souvent.
Avec ceux que j’aimais le plus.
Avec ceux pour qui j’ai fait des promesses — et que j’ai tenues.
Même aujourd’hui, ça me rattrape.
Quand mon fils me promet de se calmer.
D’arrêter ses conneries.
Et que, inlassablement, il recommence.
Je sais qu’il est jeune.
Je sais qu’il apprend.
Mais la fatigue émotionnelle, elle, est bien réelle.
Ce n’est pas la faute d’une seule promesse.
C’est l’accumulation.
Toujours.
Je crois que ce qui me fait le plus mal, ce n’est pas qu’on ne puisse pas.
C’est qu’on promette quand on ne veut pas, quand on ne sait pas, quand on ne fera pas.
Et il y a quelque chose d’autre qui me heurte tout autant que les promesses non tenues :
l’aide soumise à condition.
Parce qu’une promesse vide et une aide conditionnelle se ressemblent terriblement.
Elles donnent l’illusion du soutien, mais cachent en réalité un contrat invisible.
« Je t’aide, à condition que… »
« Oui, mais si je fais ça pour toi, alors toi tu devras… »
« D’accord, mais en échange… »
Non.
Ça, ce n’est pas de l’aide.
C’est une dette déguisée.
C’est un piège.
C’est un traquenard émotionnel.
Aider quelqu’un avec des conditions, ce n’est pas l’aider.
C’est le mettre sous pression.
C’est créer une dépendance.
C’est installer un rapport de force là où il devrait y avoir de la bienveillance.
L’aide saine ne demande rien.
Elle ne négocie pas.
Elle ne calcule pas.
Elle ne tient pas de comptes.
On aide parce qu’on en a envie.
Parce que ça nous fait plaisir.
Parce que le cœur le pousse.
Parce que voir l’autre se relever compte plus que ce qu’on pourrait en retirer.
Une aide qui attend quelque chose en retour n’est pas un geste d’amour.
C’est une transaction.
Et une transaction n’a rien à faire dans un lien affectif.
J’ai trop souvent entendu :
« Je t’aide, mais… »
Et ce “mais” a toujours fini par coûter plus cher que l’aide elle-même.
Aujourd’hui, je ne demande plus des promesses.
Je demande de la sincérité.
De la cohérence.
Du vrai.
Parce que mon cœur n’a plus la force de porter des mots vides.
Parce que j’ai appris, parfois trop tard, que certaines paroles font plus de dégâts que le silence.
Et si je pleure en écrivant ces lignes,
ce n’est pas par faiblesse.
C’est parce que je dépose enfin quelque chose que j’ai porté trop longtemps.
Laisser un commentaire