Journal Intime d'une Dépressive qui se Soigne

Je m’appelle Élyra Solän. Jeune femme d’une trentaine d’années, maman de deux enfants, j’apprends à affronter mes peurs, mes blessures et mes silences. J’écris ici pour me soigner, pour me retrouver, et pour ne plus transmettre ce qui m’a fait mal. J’ai compris que demander de l’aide, c’est une immense force.

  • Il y a des endroits qu’on croit connaître par cœur.
    Des pièces où l’on a ri, pleuré, vécu, aimé.
    Des murs que l’on a touchés mille fois sans y penser.
    Et puis un jour, sans qu’on comprenne comment,
    ces mêmes murs ne savent plus qui nous sommes.

    C’est exactement ce qui m’est arrivé.
    Ma maison n’a pas changé d’adresse…
    mais elle a oublié mon nom.

    Je réapprends à vivre dans des espaces qui ont oublié mon nom.

    Depuis qu’il est parti, rien n’est à la même place.
    Pas les meubles, pas les silences, pas mon corps dans l’espace.
    Je marche dans cette maison comme on marche dans un lieu qu’on connaît
    mais qui nous échappe soudain,
    comme si chaque pièce avait glissé d’un millimètre pendant la nuit.

    Avant, j’y vivais.
    Aujourd’hui, je la subis.

    Parce que je me rends compte d’une chose terrible,
    une chose que je n’aurais jamais osé penser à voix haute :
    partout où il allait, j’étais chez moi.
    Mais quand il n’est plus là… je ne suis chez moi nulle part.

    Alors oui, j’essaie.
    J’essaie de me réapproprier les lieux, de remettre un peu de moi quelque part,
    de ramener ma trace là où la sienne s’est effacée trop vite.

    J’ai commencé par un canapé.
    Le nôtre était petit, simple, étriqué comme tout ce que je ressens aujourd’hui.
    J’avais besoin d’espace, de douceur, de quelque chose qui puisse accueillir
    les soirées pyjama du dimanche,
    ces nouveaux rituels à trois
    qui seront notre façon à nous de tenir debout.

    Le nouveau canapé n’est pas grand-chose.
    Mais c’est un début.
    Il remplit un coin du salon,
    et ce coin-là commence enfin à respirer autrement.

    Ensuite, il y a les projets de travaux.
    Des peintures que j’ai toujours voulu faire,
    des couleurs que je n’ai jamais osé choisir,
    des choses reportées pendant des années
    par manque de temps, de force, ou peut-être juste d’existence.

    Maintenant, je me surprends à y penser.
    À les imaginer.
    À me dire que peut-être
    je pourrais enfin décider seule de ce qui habite mes murs.

    C’est étrange, cette idée de reconstruire ma place dans un endroit
    où je ne suis plus sûre d’exister.

    Je marche, je regarde autour de moi,
    je tente de comprendre comment réapprendre ce lieu,
    comment me réancrer dans un sol qui ne me reconnaît plus.

    Rien ne sera immédiat.
    Rien ne sera simple.
    Chaque objet déplacé me renvoie quelque chose que je perds,
    et quelque chose que je tente de retrouver.

    Mais je sens malgré tout une petite chose,
    minuscule, fragile, vacillante —
    pas de l’espoir, non.
    Juste… la possibilité d’un espace à moi.

    Un espace qui viendra peut-être,
    pièce après pièce,
    geste après geste,
    dans la lenteur que demande une maison qui doit réapprendre mon nom.

    Je ne sais pas encore comment redevenir chez moi ici.
    Je ne sais pas encore comment remplir ce vide sans me perdre dedans.
    Mais je sais une chose :

    je suis en train de reconstruire ma place
    dans ces quatre murs qui ne me reconnaissent plus.

    Et pour l’instant, c’est suffisant.

  • Il y a des jours qui basculent sans prévenir.
    Pas dans le bruit, pas dans la colère, mais dans ce silence étrange où quelque chose glisse, se déplace, se défait.
    Aujourd’hui, ce n’est pas seulement lui qui est parti.
    C’est la maison qui a changé de forme,
    et moi avec.

    Je marche dans une maison où je n’existe plus vraiment.

    Aujourd’hui, la maison a changé de forme.
    Pas parce qu’on a déplacé des meubles,
    pas parce qu’on a vidé une chambre,
    pas parce qu’un camion est venu prendre ce qui était à lui…

    Non.
    La maison a changé de forme
    parce que lui n’y vit plus.

    Ce matin, pendant qu’il chargeait sa voiture pour aller vers cette nouvelle vie qui n’est plus la nôtre,
    j’ai senti quelque chose se décaler en moi.
    Comme si les murs s’élargissaient,
    comme si l’air devenait plus lourd,
    comme si l’espace qu’il laisse derrière lui était… palpable.

    Je savais que ce jour arriverait.
    Je savais que c’était inévitable.
    Mais on n’est jamais vraiment prête à regarder quelqu’un fermer la porte
    alors que son parfum traîne encore dans le couloir.




    Quand je suis partie travailler,
    il était au téléphone avec l’autre.
    Il habillait notre fille,
    préparait sa journée de déménagement,
    organisait cette vie où je ne suis plus la personne qu’il appelle,
    plus la personne avec qui il partage la fin de la journée,
    plus la personne qui compte.

    Et pourtant, quelques minutes plus tôt,
    il me tenait dans ses bras.
    Quelques minutes plus tôt,
    il murmurait ce surnom que je suis la seule à porter.
    Quelques minutes plus tôt,
    il me disait qu’on continuerait à passer des moments à deux,
    des moments à quatre,
    comme si rien n’avait vraiment été brisé.

    Cette incohérence m’a fissuré quelque chose à l’intérieur.
    Parce qu’elle me donne l’illusion que tout pourrait encore être pareil…
    alors que tout change sans mon consentement.




    Quand je suis revenue dans la maison après son départ,
    il n’y avait pas de bruit, pas de voix, pas de mouvement.
    Juste un silence étrange,
    un silence qui grince.

    C’est fou comme une maison peut devenir étrangère
    quand la personne qu’on aime n’y habite plus.

    Ce n’est pas la souffrance que je regarde aujourd’hui.
    C’est l’espace qu’elle ouvre.
    Cet espace où je me surprends à me dire que peut-être
    je ne suis pas folle,
    peut-être que ce que je ressens a vraiment un poids,
    peut-être que la vie, parfois,
    met brutalement en lumière ce qu’on refusait de voir.




    Aujourd’hui, la maison a changé de forme.
    Et moi aussi, un peu.
    Je ne sais pas encore comment tenir debout dans ce nouvel espace,
    mais j’avance.
    Pas parce que c’est simple,
    pas parce que ça va,
    pas parce que je suis forte…

    J’avance parce que je n’ai pas le choix.
    Parce que ma vie continue,
    même quand tout ressemble à une déchirure.

    Peut-être qu’un jour,
    ce silence-là deviendra une paix.
    Peut-être qu’un jour,
    je sentirai que cette porte qui s’est fermée
    en ouvrait une autre que je n’avais pas encore regardée.

    Pour l’instant…
    je respire.
    Une inspiration après l’autre.
    Un pas après l’autre.
    Dans cette maison qui n’est plus vraiment la même,
    et dans cette vie qui commence, malgré moi.

    Ce jour-là, rien n’a explosé,
    rien n’a hurlé,
    mais tout s’est déplacé d’un millimètre qui a fait trembler tout le reste.

    Je marche maintenant dans un espace qui sonne creux,
    un espace trop large, trop vide, trop silencieux.
    Je n’ai pas trouvé comment m’y tenir,
    ni comment respirer dedans.

    Et le plus étrange,
    le plus violent peut-être,
    c’est que cette maison qui était chez moi tant qu’il y vivait
    est devenue, en quelques heures,
    un lieu inconnu.
    Un endroit familier dans lequel je me sens étrangère,
    comme si sa présence en faisait une maison
    et que son absence n’en laisse qu’un décor.

    Je sais juste que quelque chose s’est arrêté,
    et que rien d’autre n’a commencé.
    Je suis là, au milieu,
    dans ce moment suspendu où l’on avance parce qu’on ne peut pas faire autrement,
    et où chaque pas ressemble à une absence qui continue de marcher.

    Pour l’instant, je ne fais que ça :
    j’avance dans cette maison qui n’a plus la même forme,
    dans cette vie qui ne ressemble plus à la mienne,
    avec ce cœur qui tente de suivre,
    sans y croire tout à fait.

    Ni plus, ni moins.

  • Parfois, la lumière arrive par la main que tu n’aurais jamais regardée.

    Il y a des jours où le monde semble glisser hors de toi, où tu avances sans vraiment marcher, où tu parles sans vraiment être là.
    Et puis, au milieu de ce brouillard, quelque chose d’inattendu se produit :
    une main se tend, d’un endroit où tu ne regardais même pas.
    Et c’est étrange comme, dans ces instants-là, un souffle revient.
    Pas un répit.
    Une ouverture.

    Aujourd’hui, ma journée a eu la texture d’un rêve mal fixé : un réveil tardif, le corps encore engourdi par les anxiolytiques, un repas en famille où j’étais présente sans vraiment l’être, où je souriais parce qu’il fallait sourire, mais sans émotion derrière.

    Puis il y a eu ce rendez-vous pour le canapé.
    Un geste simple, banal, presque logistique : trouver un espace doux pour les futures soirées pyjama, pour recréer un cocon malgré la tempête qui secoue tout autour.
    Une façon de préparer un nid alors que tout s’effondre encore un peu.

    Et puis… il y a eu elle.
    Une personne à laquelle je n’aurais jamais pensé.
    Pas une amie, pas une confidente, pas quelqu’un de proche.
    Juste une silhouette du passé, un visage familier mais sans attache, quelqu’un qui gravitait autrefois autour de nous sans jamais m’approcher vraiment.

    Elle m’a envoyé un message.
    Elle m’a demandé si j’étais seule.
    Elle m’a demandé si je pouvais venir.
    J’y suis allée en me fermant déjà de l’intérieur, prête à mettre une barrière, prête à dire :
    « Occupe-toi de ce qui te regarde. »

    Mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

    Elle m’a proposé un café.
    Elle s’est assise en face de moi et, sans détour, elle m’a dit qu’elle s’inquiétait.
    Qu’elle craignait que je m’effondre pour de bon.
    Qu’elle avait peur que je fasse l’irréparable.

    Elle ne cherchait ni à fouiller ni à juger.
    Elle voulait comprendre.
    Elle voulait juste savoir où j’avais mal, où ça tirait, où ça cassait encore.
    Elle a posé des questions que personne n’osait poser.
    Elle m’a demandé mes douleurs, mes manques, mes blessures.
    Elle m’a demandé ce que je reprochais à ma famille, ce qui m’avait détruite sans que personne ne s’en aperçoive.

    Et je lui ai parlé.
    Je lui ai tout raconté.
    Je lui ai confié mes lettres.
    Elle les a lues — ou tenté de les lire — avec une émotion que je n’attendais pas.

    Elle a été bouleversée.
    Elle n’a pas jugé.
    Elle n’a pas minimisé.
    Elle n’a pas détourné les yeux.

    Elle a simplement été là.
    Vraiment là.

    Une présence sincère, authentique, sans intérêt.
    Une main posée sur la vitre de ma tempête.

    Et elle m’a dit cette phrase que je n’oublierai pas :
    « Tu n’as pas à traverser tout ça toute seule. »

    Alors que c’est exactement ce que j’ai toujours fait.

    Aujourd’hui, la vie m’a rappelé quelque chose de précieux :
    la lumière ne vient pas toujours d’où on l’attend.
    Parfois, elle surgit d’un endroit délaissé, d’une personne presque floue, d’un bout du passé que tu n’avais jamais regardé en face.

    Et cette main posée contre la vitre de ma pluie…
    elle m’a fait respirer un peu.
    Juste assez pour tenir.
    Juste assez pour croire que je peux encore avancer.

  • Le monde bruine, mon cœur tremble, mais pour la première fois depuis longtemps… je ne suis plus seule.

    Il y a des jours où même l’air semble retenir son souffle.
    Des jours où l’on rentre chez soi un peu cassée, un peu vidée, un peu vraie.
    Aujourd’hui fait partie de ceux-là.
    Je suis revenue du médecin, et quelque chose en moi a bougé.
    Pas suffisamment pour apaiser, mais assez pour éclairer un coin sombre que je n’osais plus regarder.

    Alors j’écris, pour déposer ce qui pèse et pour ne pas me perdre.

    La première émotion qui m’habite maintenant que je suis rentrée, c’est un mélange étrange : je suis vidée, je suis fière, je suis soulagée.
    Contradictoire, oui. Mais c’est exactement ce que je ressens.

    Pendant le rendez-vous, il y a eu ce moment particulier, presque suspendu :
    lorsqu’il a pris le temps de lire chaque ligne de mon carnet, ces huit ou neuf pages recto verso où j’avais tout laissé tomber.
    Mon chaos. Mon passé. Mes peurs.
    Il a tout lu. Sans détourner les yeux, sans juger, sans fuir.

    Et plus il lisait, plus je voyais sa tête bouger lentement, comme si chaque phrase confirmait une douleur qu’il sentait déjà dans l’air.
    Quand il a levé les yeux vers moi, il m’a dit sans détour :

    « Vous êtes en détresse profonde. Et vous avez besoin d’aide. Maintenant. »

    Mais il a ajouté autre chose, quelque chose que je n’avais jamais entendu de personne :
    que ce que j’avais écrit là, ce que j’avais osé affronter seule,
    peu de personnes étaient capables de le faire.

    Et cette phrase-là m’a secouée — presque tendrement :
    pour la première fois depuis si longtemps,
    j’étais vue.
    Entendue.
    Validée.

    Puis il a été honnête, très honnête :
    Ce sera long.
    Ce sera douloureux.
    Ce sera difficile.

    Et pourtant, paradoxalement, c’est cette vérité-là qui m’a donné le plus d’espoir.
    Parce qu’elle ne mentait pas.
    Parce qu’elle ne cherchait pas à embellir, ni à minimiser.
    Parce qu’elle disait une chose simple et profonde :
    il y a un chemin.

    Mon corps, lui, continue de parler.
    Je tremble encore.
    Je suis épuisée.
    J’ai mal au dos, mal à la tête, mal partout et nulle part.
    Mais il y a un souffle, discret mais réel :
    le soulagement.
    La certitude d’avoir fait ce qu’il fallait.
    Et l’intuition que je ne suis plus seule dans ce combat.

    Le traitement me fait peur — la thérapie encore plus.
    Mais je crois que je sais enfin pourquoi je tremble :
    parce que je ne fuis plus.
    Parce que je me regarde en face.
    Parce que je me sauve un peu.

    Sa phrase continue de résonner dans ma poitrine :
    « Vous êtes trop à vif pour commencer la psychanalyse maintenant. Elle ferait plus de dégâts qu’autre chose. Janvier sera le moment. »

    C’était une mise en garde.
    Et une protection.
    Un « on va y aller, mais pas n’importe comment ».
    Un « on ne vous laissera pas tomber ».

    Si je devais résumer mon état en une seule image, ce serait une fenêtre entrouverte dans une pièce encore sombre.
    Pas encore la lumière.
    Mais plus totalement la nuit.

    Je ne sais pas encore où ce chemin me mène.
    Je sais seulement qu’il commence ici,
    au milieu de cette bruine,
    au milieu de mes tremblements,
    au milieu de mes peurs et de mes premières respirations.

    Peut-être que c’est ça, le début de la guérison :
    oser avouer qu’on n’y arrive plus.
    Oser demander de l’aide.
    Oser trembler.
    Oser recommencer à espérer.

  • Voici une partie de mon histoire.
    Elle parle de douleur, de silence et de reconstruction.
    Ce n’est pas un cri, mais une libération.
    Les personnes sensibles sont invitées à lire avec douceur et bienveillance.
    J’écris pour me libérer, pas pour choquer, juste pour dire enfin la vérité.

    Il fallait bien que j’écrive pour ne plus me taire.

    Je m’appelle Élyra Solän.
    Jeune femme d’une trentaine d’années, maman de deux enfants.
    Depuis toujours, j’ai appris à tout faire seule.
    À encaisser, à sourire, à me taire.
    On m’a réduite au silence dès l’enfance, et ce silence est devenu une seconde peau.
    J’ai grandi avec la conviction que je n’avais pas d’importance,
    que je ne serais jamais la priorité de personne.

    J’ai porté trop de blessures, trop de mots qu’on ne m’a jamais laissée dire.
    Des humiliations, des violences, des absences, des manques d’amour.
    Une enfance marquée par le jugement, la peur, et cette impression constante d’être “de trop”.
    Et puis un jour, il y a eu le pire.
    Une violence qu’on ne devrait jamais connaître.
    Un viol.

    Un silence encore plus lourd, parce que j’ai su que personne ne me croirait,
    que ma douleur serait minimisée, qu’on dirait que j’inventais.
    Alors je n’ai rien dit.
    J’ai appris à vivre avec ce secret, à me dissocier de mon propre corps.
    Pendant des années, je n’ai plus rien ressenti.
    J’ai fait semblant de vivre, de rire, d’aimer.

    Et puis, il y a treize ans, j’ai rencontré un homme.
    Mon ex-conjoint.
    Le seul avec qui j’ai pu me reconnecter à moi-même.
    Le seul qui m’a fait comprendre que l’amour, le vrai, ne fait pas mal.
    Mais quand cette relation s’est terminée, tout a ressurgi.
    Tout ce que j’avais enfoui, tout ce que je n’avais jamais réglé.
    Cette rupture a agi comme un miroir, me renvoyant tout ce que je refusais de regarder.

    Depuis, je me bats.
    Contre mes pensées, contre la fatigue, contre l’envie de ne plus être là.
    Mais aussi pour mes enfants, pour ne pas leur transmettre mes blessures,
    pour leur montrer qu’on peut transformer la douleur en autre chose.

    Alors aujourd’hui, j’ai décidé de demander de l’aide.
    J’ai pris rendez-vous avec mon médecin.
    Et c’est la première fois que je vais lui dire tout ça, sans filtre.
    Parce que j’ai compris que demander de l’aide n’est pas une faiblesse.
    C’est une immense force.
    C’est reconnaître qu’on mérite d’aller mieux.

    Je ne sais pas encore où ce chemin me mènera.
    Mais je veux vivre.
    Pas survivre, pas faire semblant, vivre vraiment.
    Pour moi, pour mes enfants, pour cette part de moi qui n’a jamais cessé d’espérer,
    même quand tout semblait perdu.

    Voici mon histoire.
    Voici ce que je porte, et ce que je suis prête à déposer.
    Parce qu’il est temps de me libérer, de rendre à chacun ce qui lui appartient,
    et de reprendre enfin ma vie en main.

    Élyra Solän

  • Il y a des jours où je comprends… et d’autres où j’essaie juste d’encaisser.

    Il y a des jours où le monde devient flou derrière une vitre qui ruisselle.
    Des jours où même mes pensées semblent glisser, comme la pluie qui s’effondre sur le verre. J’aimerais dire que je sais exactement ce que je ressens, que j’avance avec clarté, mais la vérité… c’est que je marche dans un brouillard épais.

    Je suis entre deux battements de vie :
    entre ce que je crois accepter,
    et ce que je n’arrive pas encore à encaisser.

    Je suis seule dans un silence qui n’est ni doux ni violent.
    Juste… présent.
    Un silence qui laisse trop de place à mes émotions, et pas assez à ma respiration.

    Il y a en moi cette étrange dualité :
    si je pense trop, je pleure.
    si je pense trop peu, je pleure aussi.

    Je flotte quelque part au milieu, épuisée de chercher un équilibre qui n’existe pas encore. Peut-être que c’est ça, la transition : un espace suspendu, un entre-deux où l’on ne sait plus très bien si l’on tombe ou si l’on guérit.

    Et pourtant, au milieu du chaos, il y a des vérités qui cognent.

    Aujourd’hui, j’ai appris quelque chose que je ne sais pas comment recevoir.
    Quelque chose qui, au même moment, m’a soulagée et m’a fait mal.
    Quelque chose qui m’a traversée comme une pierre lancée dans l’eau :
    d’abord un choc, puis des cercles qui s’élargissent longtemps.

    J’ai senti une part de moi murmurer :
    “La justice existe. Le karma existe. La vie remet parfois les choses en place.”
    Et une autre part de moi, immédiatement, s’est effondrée dans la culpabilité.

    Parce que je connais son cœur, ses rêves, ses peurs.
    Je sais ce que ce travail représentait pour lui.
    Je sais ce qu’il perd, et je n’ai jamais souhaité ça.

    Alors je reste là, entre deux chaises, entre deux émotions qui s’opposent et se frôlent.

    Ce n’est pas la souffrance que je regarde.
    C’est l’espace que ça ouvre en moi — cet espace où je me dis que peut-être, je ne suis pas folle, peut-être que ce que je ressens a vraiment un poids. Peut-être que la vie, parfois, fait éclater ce que l’on se forçait à ignorer.

    Aujourd’hui, je suis fatiguée.
    Fatiguée de comprendre.
    Fatiguée d’encaisser.
    Fatiguée de faire semblant que tout va bien.

    Mais écrire… ça pose les choses.
    Ça me raccroche à quelque chose de vrai.
    Et peut-être qu’un jour, relisant ces lignes, je verrai non pas la douleur, mais la femme en train de naître derrière elle.

  • Il y a des jours où le temps semble s’étirer à l’infini,
    où rien ne blesse vraiment mais où rien ne répare non plus.
    Des jours sans crise, sans drame,
    juste cette impression de flotter dans une bulle trop calme,
    où les pensées tournent en rond comme pour remplir le vide.

    C’est un de ces jours-là.

    Ce n’est ni un jour triste, ni un jour heureux. C’est juste un jour de plus où j’existe malgré tout.

    Il y a des jours où rien ne va vraiment mal,
    mais rien ne va vraiment bien non plus.
    Des jours où tout est en place, le canapé, les chats, le thé tiède sur la table…
    et pourtant, tout semble un peu de travers, comme si le monde respirait à contretemps.

    Nous sommes mardi 11 novembre.
    Un jour qui n’a rien de particulier, sauf ce trop de calme qui finit par peser.
    La maison est silencieuse, un peu trop grande pour moi seule.
    Les enfants sont ailleurs, heureux peut-être.
    Et moi, je suis ici, à moitié là, à moitié ailleurs, coincée quelque part entre le vide et la pensée.

    Je ne sais pas vraiment ce que je ressens.
    Ni bien, ni mal, ni triste, ni apaisée.
    Juste un mélange de tout, trop dense pour être clair.
    Si je pense trop, je pleure.
    Si je ne pense pas assez, je pleure aussi.
    Et alors je me tais, je m’enroule dans un plaid,
    comme si le tissu pouvait me tenir lieu d’étreinte.

    Les chats dorment contre moi, tranquilles, lourds de ce genre de paix que je n’arrive plus à atteindre.
    Je les regarde respirer, et je me dis qu’ils ne savent pas ce que c’est,
    le poids du silence quand il devient miroir.
    J’aimerais combler ce vide, parler, rire, bouger,
    mais je n’ai envie de rien.
    Et rien ne me manque plus que ce rien-là, celui d’avant,
    quand les bruits de la maison étaient encore familiers, vivants, partagés.

    Je crois que c’est ça, cette période étrange :
    un entre-deux.
    Un endroit flou où l’on apprend à vivre autrement,
    à accepter de ne plus tout comprendre,
    à survivre à la douceur comme à la douleur.

    Je ne sais pas encore ce que je suis censée en faire,
    de cette solitude qui me serre sans m’étouffer,
    de cette tristesse sans drame,
    de cette paix qui ne calme rien.
    Je sais juste que je suis là,
    que je continue,
    que je respire, même quand ça brûle un peu.

    Et peut-être que, quelque part,
    c’est déjà un début.

    Peut-être qu’un jour, ce calme ne sera plus une épreuve.
    Peut-être qu’il deviendra un refuge, une pause entre deux respirations du cœur.
    Aujourd’hui, je ne cherche plus à tout comprendre.
    J’essaie juste de me laisser traverser par la vie, même quand elle est floue,
    même quand elle me laisse seule sur le canapé, entre mes chats et mes pensées.

    Et si je ne sais plus vraiment ce que je ressens,
    au moins, je le ressens encore.
    Et c’est déjà ça.

    Élyra Solän 🌙

  • Par Élyra Solän

    Ce texte évoque des émotions fortes liées à la séparation et à la parentalité.
    Si tu choisis de le lire, fais-le avec douceur et bienveillance.

    C’est dans le calme après la tempête que les vérités murmurent le plus fort.

    Il y a des vérités qu’on croit prêtes à entendre,
    jusqu’à ce qu’elles résonnent pour de vrai.

    Aujourd’hui, les enfants ont appris ce que je redoutais le plus qu’ils sachent.
    Étonnamment, ils l’ont plutôt bien pris.
    Ou peut-être que leur calme me déstabilise justement parce que je ne sais pas si, au fond, ils réalisent vraiment.
    Ma fille est encore petite,  quatre ans, un âge où le monde reste flou, où les mots des adultes se déposent sans tout à fait s’imprimer.

    Mon fils, lui, savait déjà.
    Il a eu quelques semaines d’avance, parce qu’il fallait du temps pour qu’il puisse digérer, comprendre, se préparer.
    Quand il en a parlé, il a simplement dit qu’il y avait pensé lui aussi à partir.
    Et cette phrase, si simple et si douloureuse, a résonné comme un écho.
    Un miroir.

    Parce qu’à cet instant-là, j’ai senti le poids retomber sur moi.
    J’ai compris que, peut-être, le fond du problème… c’est moi.
    Que j’ai transmis sans le vouloir des émotions, des silences, des manques que je croyais avoir contenus.
    Et cette idée me transperce.

    Je ne veux pas être celle dont on s’éloigne.
    Je ne veux pas être celle qui abîme, même sans le vouloir.
    Mais je sais qu’on ne guérit pas en se fuyant.
    Alors j’accueille.
    Je prends la douleur, la confusion, la culpabilité, et j’essaie d’en faire quelque chose de plus grand que moi.

    Je crois que c’est ça, la reconstruction :
    accepter de voir les dégâts sans détourner le regard,
    et continuer malgré tout à aimer, à apprendre, à espérer.

    Aujourd’hui, c’est difficile.
    Mais peut-être qu’un jour, cette douleur deviendra aussi une force
    celle de ne plus laisser le passé diriger mes pas.

    Je continue d’apprendre à me soigner, un mot à la fois.
    Chaque mot posé ici est un pas vers la lumière.

    Élyra Solän

  • Ce n’est pas une belle Histoire,  juste la mienne

    Ce n’est pas un texte pour plaire.Ce n’est pas une belle histoire.C’est juste moi, quelque part entre la survie et la reconstruction.

    Si j’écris ici, c’est parce que j’en ai besoin.Parce que je n’arrive plus à porter tout ça seule.Parce que parfois, les mots sont le seul endroit où je me sens encore en vie.

    Je ne sais pas vraiment où ce chemin me mènera.

    Mais je sais que j’en ai assez de me taire, assez de me cacher, assez de donner raison à cette petite voix qui me dit que je n’ai pas ma place.

    Alors j’ai créé cet espace, mon journal, mon souffle, mon exutoire.

    Je ne suis pas une héroïne.Je suis une femme qui se soigne, jour après jour.Une femme qui a décidé de dire “stop” à la honte, à la peur, à la culpabilité.Qui choisit de parler, même avec une voix tremblante, même sans savoir si quelqu’un l’écoutera.

    Ici, je déposerai mes pensées, mes colères, mes questions, mes fragments d’espoir.Peut-être que certaines de mes phrases résonneront en toi.

    Et si c’est le cas, alors tu sauras que tu n’es pas seul·e non plus.Je veux que cet espace soit une respiration.Un endroit sans jugement, sans façade, où la vulnérabilité a enfin le droit d’exister.Je ne promets rien.Je ne sais pas encore si je guérirai complètement.Mais j’avance.Un mot à la fois.

    Élyra Solän